Disparition du jardin Domtar : une leçon et une alternative

Par Coralie Deny et Emmanuel Rondia du CRE-Montréal

La disparition programmée du Jardin Domtar au profit d’un complexe résidentiel/hôtelier, qui désole à juste titre un très grand nombre de personnes, fait brutalement prendre conscience de l’importance de tels îlots de verdure en pleine ville, très prisés par la population. Depuis son inauguration en 2002, cet espace de fraîcheur et de tranquillité à deux pas de la Place des Festivals, a été pris pour acquis par ses utilisateurs qui y regardaient grandir les arbres sans s’imaginer qu’il pouvait être amené à disparaître étant donné son statut privé.

L’initiative de Domtar de créer un jardin ouvert au public sur son terrain avait été largement louée. Aménageant et verdissant un terrain vacant, la compagnie a offert pendant plus d’une quinzaine d’années une oasis très appréciée au centre-ville de Montréal. Avec un tel succès, il est bien normal que sa destruction soit mal acceptée.

Ce dossier rappelle que même si les espaces verts sont silencieux, de plus en plus de voix s’élèvent pour les protéger. Toutefois, pour qu’elles soient bien entendues et pour se donner collectivement toutes les chances de les sauver, il faut être vigilant et faire des démarches le plus possible en amont des transactions immobilières. Il est donc nécessaire que la vigie citoyenne à Montréal s’accentue, que les « Amis de l’espace vert X et Y » se multiplient, pour avoir le temps et les moyens de protéger à long terme les poumons verts urbains qui ne bénéficient pas d’un statut de parc.

Dans le cas du jardin Domtar, la volonté de vendre le terrain ne date pas d’hier même si l’entreprise s’est bien gardée de dévoiler ses démarches publiquement pour cet espace qui lui a valu de nombreuses reconnaissances et une image de citoyen corporatif exemplaire. Avec la vente du jardin à un promoteur immobilier, difficile de dire que l’entreprise est en cohérence avec sa volonté de « contribuer à faire de nos collectivités des endroits merveilleux où vivre et travailler », tel qu’inscrit dans son rapport sur la croissance durable 2017 intitulé « L'ingéniosité au travail dans une perspective à long terme ».

Alors que nos villes mettent en place des mesures afin de s’adapter aux changements climatiques, nous devons augmenter la présence végétale et non le contraire. Cette réflexion concerne l’ensemble de l’île de Montréal. Les derniers espaces verts non développés de la métropole sont soumis à des pressions intenses de développement. Pensons aux golfs comme celui d’Anjou et aux terrains des institutions religieuses.

Pour redorer son blason, nous suggérons que Domtar soutienne financièrement l’aménagement d’un espace vert public en lieu et place du stationnement adjacent dont la ville de Montréal est propriétaire. Avec toutes les tours à condos et à bureaux nouvellement érigées, en cours de construction dans ce secteur et prévues (comme celle dans le jardin), cet espace vert serait plus que bienvenu. Même si perdre le beau jardin Domtar n’est pas réjouissant, la création d’un parc public à deux pas, sur un terrain municipal, viendrait mettre un baume au cœur des citoyenNEs et augmenter la biodiversité urbaine.

Avec cet exemple, nous constatons que l’avenir des espaces verts non zonés « parc » n’est malheureusement jamais assuré. Les organisations, les groupes de citoyens et les administrations publiques doivent faire preuve de vigilance et d’anticipation en assurant que les mesures soient prises avant que le panneau « Vendu » ne soit planté, sans quoi le cas du Jardin Domtar risque de se répéter. Il en va de la santé de nos milieux de vie!

L'article a été publié dans LaPresse+ le samedi 10 mars 2018 : http://plus.lapresse.ca/screens/57536093-6a36-4897-9ea9-864ca6e65fa0%7C_...