Vélos-piétons-voitures : tous montréalais

Éditorial de Tania Gonzalez, responsable des campagnes transport, GES et aménagement du territoire 

Le 31 mai dernier, en conclusion du mois du vélo et en ouverture du festival Go Vélo de Vélo Québec, nous avons eu droit à deux annonces et un événement importants qui donnent à la fois le ton de la vision du déploiement futur du réseau cyclable montréalais et des idées inspirantes pour consolider les appuis des citoyens et du monde des affaires en faveur d’un virage vélo.

Les annonces

La présentation des aménagements cyclables 2018-2019 annonce un changement majeur dans l’aménagement des infrastructures et la conception du réseau cyclable montréalais. Loin de mettre l’accent sur le nombre de kilomètres en plus, la programmation 2018-1019 propose plutôt de se concentrer sur la qualité du réseau. C’est ainsi qu’en plus de 48 projets de développement de voies cyclables, 4 projets se pencheront sur la « mise à niveau » de couloirs cyclistes existants afin de les rendre plus sécuritaires et conviviaux.

Parmi les nouveautés, la toute première vélorue verra le jour sur l’axe Saint-André dans l'arrondissement du Plateau Mont-Royal et l’installation de 22 stations de réparation de vélo.

De plus, la Ville a annoncé que la rénovation à venir de l’avenue des Pins inclurait l’aménagement de deux pistes cyclables unidirectionnelles. D’ailleurs, ce réaménagement est, selon nous, une belle occasion de combiner des mesures de verdissement à des aménagements favorables aux piétons et aux cyclistes afin d’en faire un milieu de vie convivial et en santé.

Résumé des faits saillants sur la programmation 2018-2019 du réseau cyclable de Montréal :

  • des investissements de 15 M $
  • la toute première vélorue sur Saint-André
  • le prolongement de la piste Maisonneuve
  • 48 projets de développement de voies cyclables
  • 22 bornes de réparations de vélo
  • 4 projets de mises au niveau du réseau existant (pour le rendre plus sécuritaire et convivial)
  • 7 nouveaux SAS vélo (s’ajoutant au 8 existants)

Nous voyons dans ces travaux, un levier pour améliorer la qualité de vie, la convivialité de l’espace urbain et pour offrir une expérience positive des déplacements « doux ». Les citoyens pourront profiter directement des mesures de verdissement et de la nouvelle répartition de l’usage de la rue.

La présence accrue de vélos en ville et de pistes cyclables contribue à apaiser la circulation automobile, à amener ces espaces publics à une échelle plus humaine (moins vite, moins bruyant, moins polluant). Cela rejoint aussi les besoins des personnes se déplaçant à pied. C’est ce qu’on appelle : la mobilité active !

Donc tout cela représente une bonne nouvelle pour l’amélioration de la mobilité durable en ville.

Conférence de Chris Kenyon

Cette même journée, le 31 mai à 18 h, la Maison du développement durable a présenté, en collaboration avec Vélo Québec et le Conseil régional de l'environnement de Montréal, la conférence Comment mobiliser le monde des affaires en faveur du vélo? L’exemple de Londres! en compagnie de Chris Kenyon.

M. Kenyon nous a entretenu sur l’importance d’engager publiquement les acteurs du monde des affaires, notamment les chefs d’entreprises, en faveur d’un réseau cyclable structurant et sécuritaire afin de faire basculer l’opinion publique grâce à des appuis « non-traditionnels ».

Il a été clair sur le fait que si les politiciens peuvent avoir le « courage politique » de proposer des projets en faveur des transports actifs, encore faut-il qu’ils aient des appuis publics pour légitimer et soutenir ces changements qui ne feront jamais l’unanimité. « Ne pensez jamais que vous allez rallier tout le monde à votre cause, ce qui compte, c’est d’avoir des appuis en nombre et de « gros noms » pour avoir une masse critique favorable » a-t-il conseillé.

L’allocution de M. Kenyon fut suivi d’une discussion avec Caroline Tessier, directrice générale de l’Association des sociétés de développement commercial de Montréal, et Guillaume Lavoie, chargé de cours à l’École nationale d'administration publique (ENAP), entrepreneur en politiques publiques et instigateur des capsules #veloconomie. Cet échange a porté sur la transposition de l’expérience à une autre échelle, en intégrant par exemple le transport actif dans le réaménagement d’artères commerciales.

Des personnes restent à convaincre

Malgré les si belles annonces et projets motivants pour les vélos des derniers jours, force est de constater qu’il reste encore du travail à faire pour que les cyclistes ne fassent pas les frais d’une volonté individuelle de préserver ses privilèges d’automobiliste : exemples de la polémique entourant l’arrêt de la circulation de transit sur la voie Camillien-Houde et de la difficulté de retirer quelques places de stationnement pour permettre la mise en place d’une piste cyclable.

La mobilité urbaine d’aujourd’hui est reconnue pour devoir intégrer adéquatement les transports actifs et collectifs, afin de créer des milieux de vie plus agréables et sécuritaires. Il faut s’y faire, l’auto solo n’est plus le maître des rues en ville et en conséquence le partage de cet espace public nécessite des aménagements suffisants pour les cyclistes et les piétons.

Alors osons transformer la Ville et en conséquence changer nos habitudes !