Pour une densification urbaine qui rime avec qualité des milieux de vie

Plusieurs projets immobiliers constitués de tours en hauteur ont fait les manchettes dernièrement. Dans la présentation de ces projets, les promoteurs défendent souvent ceux-ci en arguant qu’ils répondent à la densification de la ville dans une perspective de développement durable. En cette année où le terme “densité” est utilisé à toutes les sauces, nous jugeons qu’il est nécessaire de mettre en relief certaines nuances-clés autour de cette qualité de l’espace urbain, se traduisant par le ratio du nombre de logements sur une parcelle de terrain définie.

De prime abord, il est vrai qu’une bonne densité des milieux de vie facilite et favorise la mobilité durable en créant notamment une masse critique pour justifier une bonne offre en transports collectifs; qu’elle réduit le coût des infrastructures urbaines en les partageant par un plus grand nombre sur un plus petit territoire; qu’elle est un outil essentiel pour contrer l’étalement urbain et réduire la pression toujours croissante sur les milieux naturels et agricoles; qu’elle permet le déploiement de l’offre de services de proximité institutionnels et commerciaux.

Ceci étant dit, la densité à elle seule n’est pas garante de la qualité des milieux de vie et ne doit donc pas justifier n’importe quel projet immobilier. Il faut en effet tenir compte de son son intégration dans le tissu urbain, la mixité des usages et sociale, et la compacité.Ce dernier terme, tel que défini par Vivre en ville, réfère au rapport entre les surfaces bâties et non bâties: autrement dit, soit l’utilisation judicieuse et équilibrée de la superficie d’un terrain en termes d’espaces verts, d’espace bâti et d’espace social.  

La notion d’échelle humaine doit absolument être prise en compte ainsi que le sentiment de bien-être que ces lieux procurent à la population. Cela nécessite donc de prendre en compte l’aménagement de zones de rencontres (places publiques et espaces verts) et de liens interquartiers, la qualité paysagère, l’ensoleillement des espaces publics, ainsi que les besoins locaux en termes de services (ex.: écoles, soins de santé, commerces de proximité). À tout cela s’ajoute, la gestion des déplacements pour adopter toutes les bonnes pratiques et les meilleurs aménagements pour privilégier les transports actifs et collectifs. c’est là qu’intervient la notion de compacité, qui donc, va beaucoup plus loin que celle de «densité». On parle alors de création et de maintien de quartiers complets, où il fait bon vivre tant pour les personnes qui y résident, y travaillent, y étudient, sont en visite.

Un modèle de représentation (voir ci-dessous), largement utilisé en urbanisme, présente les diverses formes urbaines qui peuvent résulter de la même densité, et qu’une grande hauteur n’est pas la seule alternative.

Si l’on peut comprendre que le centre-ville de Montréal est porté vers une certaine élévation, il n’en demeure pas moins que cela doit tenir compte quand même de tout ce qui contribue à la construction d’un quartier vivant, attractif et répondant aux besoins de tous ceux et celles qui le vivent. À cela s’ajoute la préservation des vues sur le mont Royal au niveau de la rue.

En somme, n’oublions pas qu’au delà de l’aménagement des rues et du cadre bâti, la ville est un milieu de vie humain et vivant. Donc, densité oui, mais en intégrant ces considérations.


Source : Différentes formes pour la même densité, inspiré de Urban Task Force, 1999 http://collectivitesviables.org/articles/compacite-densite.aspx | Crédit : Vivre en Ville