2018, une bonne année pour les matières résiduelles?

Le budget municipal 2018 qui vient d’être adopté montre que la gestion des matières résiduelles en prélève une part importante : 157,5 M$. Pour éviter de littéralement « jeter » cet argent en continuant à envoyer des quantités énormes de matières à l’enfouissement, il va falloir agir. La ville, la population et les autres paliers de gouvernement y sont conviés.

Au cours des prochains mois, le projet de 2e Plan directeur de gestion des matières résiduelles (PDGMR) de l’agglomération de Montréal devrait faire l’objet de consultations publiques. Un moment important puisque cela permettra de faire le point sur le niveau de performance actuelle de la métropole par rapport aux objectifs fixés dans le 1er PDGMR et de discuter des perspectives, et donc des ambitions de l’administration, pour les prochaines années. Il est temps, car les échéances sont déjà passées. Le 1er PDGMR devait couvrir la période 2010-2014, mais un bilan 2010-2015 publié en 2016 annonçait un nouveau PDGMR 2016-2020. Nous roulons donc toujours sur le 1er PGMR « périmé » depuis 4 ans.

Les matières organiques, le point névralgique des résultats

Étant donné que les matières organiques aboutissent toujours majoritairement dans les sites d’enfouissement, cela malgré des collectes généralisées pour les résidus de jardin et un élargissement de la collecte de résidus de table, il est plus que probable que le taux global de détournement de l’élimination n’atteindra pas, loin de là, l’objectif fixé. La raison principale réside dans l’ouverture toujours attendue des centres de compostage et de biométhanisation sur le territoire de l’île de Montréal. Là aussi il faudra patienter puisque les premières infrastructures verront le jour en 2020. À noter que deux comités de suivis de ces infrastructures, incluant des représentants de la population et des organisations de la société civile, ont déjà été mis en place.

La réduction à la source et le réemploi peinent à se déployer, pourtant…

La volonté municipale (Montréal) et régionale (CMM) d’interdire les sacs d’emplettes en plastique à usage unique fait un tollé surtout chez certains commerçants et les fabricants de ces sacs. Cette décision politique a pourtant beaucoup du sens. Comment justifier une vie utile de quelques minutes ou heures d’un produit fabriqué avec une ressource non renouvelable et responsable des émissions de GES, qui prend plusieurs centaines d’années à se dégrader et qui pollue terre et mer? De nos jours, cela paraît impossible. Bien sûr il faut trouver la meilleure alternative (voir l’étude du CIRAIG qui vient de paraître) et s’assurer que la population suive. Tous ceux et celles qui ont déjà fait le vrai saut vers les sacs réutilisables le diront : c’est devenu un réflexe et cela fait des années qu’ils utilisent les mêmes sacs. Pour les entreprises québécoises, voici un marché à prendre. Le gouvernement doit aussi les aider avec des campagnes de sensibilisation citoyenne, un volet réglementaire qui interdit tout sac d’emplettes non recyclable et un soutien aux entreprises locales.

Du côté de la récupération des appareils électroniques, cela avance à bien trop petits pas alors que leur consommation continue d’augmenter. Pourtant, le gouvernement du Québec a mis en place une réglementation avec des objectifs à atteindre et des organisations comme Insertech à Montréal travaille fort pour récupérer, réparer et remettre sur le marché. Clairement, les efforts sont insuffisants.  

Le recyclage mis à mal par la décision de la Chine

L’enjeu des marchés pour les matières récupérées par la collecte sélective à des fins de recyclage a resurgi en 2017 avec la décision de la Chine de ne plus accepter certaines matières, globalement de moins bonne qualité, car trop contaminées par d’autres résidus et d’autres matières. Et en plus, malgré les efforts, on continue d’enfouir plus que de recycler. Il faut donc réagir vite sur plusieurs fronts, notamment :

  • soutenir les entreprises québécoises de recyclage et stimuler la création de nouvelles pour des matières actuellement sans marché
  • améliorer la performance des centres de tri pour des matières moins contaminées
  • augmenter la consigne du verre : le système fonctionne et permet d’éviter une source majeure de contamination
  • multiplier les décisions de grandes entreprises comme celle, récente, prise par MacDonald’s de dire adieu au polystyrène pour ses contenants à usage unique
  • taxer davantage les produits à usage unique du quotidien pour rendre plus attractifs les produits à usages multiples

L’administration municipale peut faire une différence au cours des 4 prochaines années

Nous avons élaboré une liste d’enjeux et d’actions pour l’île de Montréal durant la période électorale dans laquelle se retrouvent plusieurs recommandations relatives à la gestion des matières résiduelles :

  • déploiement et maintien des campagnes d’information et de sensibilisation sur le compostage
  • collecte des matières organiques dans tous les « 8 logements et moins » dans toutes les villes, afin d’atteindre l’objectif de collecte de 60 % rapidement une fois les infrastructures de traitement en fonction
  • élaboration et mise en place d’une stratégie pour les « 9  logements et plus » pour la collecte des matières organiques, notamment pour répondre aux besoins dans les tours d’habitation du centre-ville
  • collecte à généraliser des matières recyclables dans tous les lieux publics : programme de remplacement systématique des poubelles par des binômes (déchets-recyclage)
  • démarrage d’un projet d’ajout d’un bac à matières organiques (trinômes) dans des lieux ciblés comme les parcs    

Parce que les impacts sont autant environnementaux, sociaux qu’économiques, il n’est pas envisageable de baisser les bras et de simplement revoir à la baisse les objectifs de détournement de l’enfouissement. Si des personnes réussissent à vivre en appliquant le concept de « zéro déchet », la collectivité montréalaise est tout à fait en mesure d’améliorer ses pratiques pour permettre minimalement l’atteinte des objectifs de recyclage… avec l’appui des différents paliers de gouvernement évidemment.