Et si des enseignements étaient tirés des récentes inondations?

Éditorial d'Emmanuel Rondia, Responsable campagnes Espaces verts et milieux naturels au CRE-Montréal

Alors que les cours d’eau reviennent progressivement à la normale et que l’eau se retire peu à peu des terrains, l’épisode malheureux des inondations des dernières semaines soulève des questionnements majeurs pour Montréal. Quels choix d’aménagement devons-nous faire pour éviter ou minimiser ce type de désastres naturels? Quels gestes devons-nous poser pour éviter que de tels événements deviennent monnaie courante dans les prochaines années?

Alors que les impacts des changements climatiques se font déjà sentir, les scientifiques annoncent une multiplication et une intensification des épisodes de fortes pluies, augmentant les risques d’inondation. Quoi faire alors?

 

Les milieux humides au coeur des solutions

Bien que reconnus comme indispensables à la santé de nos écosystèmes et de la nôtre, les milieux humides sont encore trop souvent démantelés. Les pressions de la part des développeurs immobiliers au cours des dernières décennies ont eu le dessus sur la protection de nombreux milieux naturels sur l’île de Montréal. Les milieux humides ont subi les plus gros dommages avec un taux de disparition estimé à 85% depuis la fondation de la Nouvelle-France dans la grande région de Montréal. Les ruisseaux intérieurs aussi : d’une trentaine ils ne sont plus qu’une douzaine dont un grand nombre en partie canalisé.

Agissant comme de véritables tampons et filtres lors des épisodes de pluies intenses et de fonte des neiges, les milieux humides et hydriques assurent un contrôle sur la qualité ainsi que sur la quantité d’eau qui se dirige vers les réseaux d'égout et les cours d’eau. En milieu riverain, ces milieux naturels sont essentiels lors des fortes crues pour empêcher ou tout du moins limiter les dégâts.   

Dans cette perspective, nous ne pouvons plus nous permettre de perdre encore des milieux humides sur le territoire montréalais. Des mesures doivent même être prises afin d’en recréer, que ce soit en naturalisant certains espaces (berges et ruisseaux canalisés) ou en bonifiant les aménagements existants.

 

Conserver et renforcer les milieux existants, les cas de Pierrefonds et Anjou

Le secteur de Pierrefonds-Ouest, de par sa taille (400ha), sa forte proximité de la rivière des Prairies (collé au boulevard Gouin), ses milieux humides et hydriques (2 ruisseaux), ses friches et bois, est une de ces grandes infrastructures naturelles qui contribuent bénévolement à une gestion des eaux pluviales dans ce secteur. Le projet de développement, actuellement en consultation, avec la construction d’un quartier incluant 5500 logements, viendrait clairement amoindrir cette contribution.

Le secteur du golf municipal d’Anjou est un autre exemple d’espace vert à protéger. Ce terrain, dont une partie importante risque d’être convertie en parc industriel, comprend actuellement plusieurs milieux humides de grande superficie. Leur disparition viendrait influencer le régime de eaux dans l’ensemble de ce secteur très minéralisé. En cas de forte pluie, les eaux de ce secteur viendrait alors gonfler les volumes d’eau dans le réseau d’égout, augmentant substantiellement le risque de surverses.  

 

S’adapter maintenant pour éviter des coûts importants plus tard

La planification du territoire doit se faire en tenant compte de la gestion des eaux pluviales si nous voulons éviter les coûts importants qu’impliquent des épisodes dramatiques comme les récentes inondations.

Le choix des secteurs à développer et à densifier doit se faire en priorisant la protection de  l’ensemble des milieux naturels existants. Dans le cas de Pierrefonds-Roxboro, en près de 40 ans, le territoire a beaucoup changé, l’étalement urbain s’est accéléré et les zones minéralisées se sont multipliées, modifiant les caractéristiques de l’ensemble du secteur. Connaissant ces faits, comment peut-on y planifier un développement sur la base de cartes de zones inondables qui dateraient de 1980, comme le rapportait Radio-Canada récemment?

La reconstruction de la ville sur elle-même et la densification des secteurs TOD doivent être au coeur de la planification urbaine, au bénéfice de tous. L’urbanisation à même des zones urbanisées est possible et on peut alors miser sur le bâtiment durable et les toits verts pour une densité qui réponde plus adéquatement aux enjeux pluviaux. Les milieux naturels préservés peuvent alors venir consolider ceux existants et offrir une meilleure qualité de vie aux résidents des aires TOD, renforçant ainsi la résistance de nos écosystèmes tout en offrant un plus grand accès à la nature pour l’ensemble de la population. La métropole gagnerait sur tous les plans.

 

Favoriser l’implantation de pratiques innovantes

Les promoteurs et les concepteurs ont également un rôle clé à jouer par l’intégration d’ouvrages de gestion des eaux pluviales dans les projets. Les stationnements en particulier, par leur grande imperméabilité, favorisent actuellement le ruissellement des eaux de surface et contribuent à la saturation des réseaux d’égout.

L’implantation de bassins de rétention de surface, de bandes végétalisées et de revêtements perméables sont autant de solutions qui peuvent être mises en oeuvre. La réglementation municipale doit également aller dans ce sens afin d’assurer une cohérence à l’échelle du territoire, tout en poussant les promoteurs à revoir leurs pratiques. C’est le moment pour réfléchir à cela puisque la ville de Montréal a amorcé le processus menant à l’adoption d’un Plan de drainage.

L’attestation Stationnement écoresponsable, tout nouvellement développée par le CRE-Montréal permettra d’accompagner les promoteurs et les propriétaires dans la transformation de leurs stationnements et de reconnaître leur engagement à cet effet.La question de la gestion des eaux de pluie en fait bien sûr partie.

 

Échanger pour s’inspirer - Une matinée d'échanges sur la gestion des eaux pluviales en terrain privé

Pour qu’une réelle réflexion soit entamée sur l’importance de tenir compte de la gestion des eaux pluviales dans l’aménagement des stationnement sur l’île de Montréal, le CRE-Montréal tiendra le 2 juin prochain une matinée d’échanges (organisée dans le cadre d’ILEAU et de l’Attestation Stationnement Écoresponsable). Les participants auront l’occasion d’y découvrir des exemples inspirants de stationnements réaménagés ainsi que d’échanger avec les concepteurs et les propriétaires impliqués dans ces projets.

Programme détaillé de l'événement et inscriptions