Réflexion sur le code de la sécurité routière (CSR)

avec Marie-Soleil Cloutier, chercheure et professeure à l'INRS (Institut national de la recherche scientifique)

 

Pouvez-vous nous décrire brièvement votre travail et ce qui vous y tient à coeur?

Je suis professeure-chercheure à l’INRS-UCS. En plus de donner des cours dans le programme d'études urbaines, je fais des recherches en sécurité routière de mon point de vue en tant que  géographe de la santé.

La sécurité des piétons les plus vulnérables (enfants, aînés) est ce qui me tient à cœur dans mon travail. Savoir que mes travaux sur le lien entre l’aménagement urbain et le risque de collisions piéton-voiture ou piéton-vélo sont repris par les instances concernées (villes, ministère) me rend très heureuse.

Voir mes étudiants travailler dans des milieux professionnels où ils peuvent faire valoir mes enseignements et l’expertise qu’ils ont développée me procure aussi beaucoup de joie. Surtout quand c’est pour le bien des piétons.

 

En quoi la sécurité des déplacements actifs est un enjeu de société?

L’avenir des villes se doit de passer par une meilleure planification et gestion de nos modes de transport. Présentement, ces modes sont sources de grands problèmes, peu importe le type d’usagers (pollution, perte de temps dans le trafic, blessures liées aux collisions, sédentarité et obésité, etc.).

Selon moi, les déplacements actifs  (ou les modes de transport « doux » comme on dit en Europe) sont une des solutions qui devrait être privilégiée pour une meilleure mobilité en ville (autant le vélo que la marche).

Par contre, la promotion de ces modes ne peut se faire sans des environnements favorables à l’utilisation de ces modes, sinon on crée un problème de santé publique encore plus grand que le précédent.

Présentement, l’inadéquation entre les deux (désir de faire du T.A., MAIS insécurité liée au T.A.) nous place dans une impasse qui est assurément un enjeu de société. À cela s’ajoute le problème d’équité, c’est-à-dire l’inégalité du risque dans la ville, les plus démunis le subissent plus.

 

Quelles sont les normes et les politiques publiques à changer?

Je dirais qu’il est maintenant temps (et nécessaire) d’aller vers un changement en profondeur de la place qu’occupe la voiture dans nos villes. Si nous faisons en sorte d’intégrer un principe de vulnérabilité sous-jacent à toutes les politiques et normes des milieux du transport et de l’urbanisme, il serait alors plus facile de concevoir, dès le départ sur les plans, des environnements favorables à tous. L’idée ici n’est pas de faire la guerre à l’auto, mais bien de planifier de façon inclusive en faisant davantage de place pour les plus vulnérables, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas protégés par quelques tonnes de ferraille.

Plus concrètement, on peut :

·         Exiger un audit de sécurité routière sur la zone entourant tous les projets de promoteurs d’envergure (résidentiels ou commerciaux)

·         Proposer un nouveau CSR qui met de l’avant ce principe de prudence et qui donne une réelle priorité aux plus vulnérables (piétons et cyclistes) avec des amendes en conséquence.

·         Revoir les dessins types de plusieurs routes (largeur des voies, angles de courbures). NOTE : Cela se fait en continu à Transport Québec avec l’aide et les suggestions de partenaires (l’AQTR en est un majeur), mais le gouvernement pourrait être plus proactif.

·         Mieux financer les infrastructures piétonnes et cyclables. J’aime bien l’idée avancée par la coalition CRE-Montréal - Vélo-Québec à l’effet d’obliger un pourcentage des grands projets pour ce type d’infrastructures.

·         Faire une vraie priorité de la sécurité routière pour TOUS les usagers. La Vision Zéro suédoise est dans tous les discours présentement, mais peu de réels plans d’action (et de budgets) à l’échelle nationale, provinciale ou municipales ne sont connus. Il y a nécessité d’un leadership fort et surtout           concerté pour avancer.

 

Qu'est-ce que les citoyens peuvent faire?

S’intéresser à la chose publique en premier. Présentement, il y a la consultation de la SAAQ sur la sécurité routière où TOUT le monde peut participer.

Honnêtement, les initiatives les plus intéressantes se font à l’échelle des quartiers. Je suggère donc aux gens de s’impliquer dans leur milieu de vie. Cela peut se faire au travail, avec, entre autres, un meilleur accès en vélo, des douches ou un accès piétons, ou encore à la maison et à l’école, avec l’accès à un trottibus, l’ajout de mesures d’apaisement du trafic aux abords des lieux publics (bibliothèque, parc).

La théorie des petits pas est tout à fait intéressante ici, c’est là où les citoyens ont du pouvoir. La somme de ces petits gestes finira bien par faire avancer les niveaux supérieurs.

 

Pour plus d'information concernant la consultation publique sur la sécurité routière