Espaces verts et milieux naturels à Montréal - Pour plus de protection et un meilleur accès à l’ensemble de la population

Éditorial d'Emmanuel Rondia, responsable Espaces verts et milieux naturels au Conseil régional de l'environnement de Montréal

 

Les espaces verts et les milieux naturels ont la vie dure dans la région métropolitaine. Sur l’île de Montréal, malgré les efforts, la liste des espaces menacés de disparition existe toujours. Que faut-il donc faire ?

 

Milieux naturels : protéger une superficie équivalente à 26 fois le jardin botanique pour atteindre le 10%

Dans le Schéma d’aménagement et de développement (SAD) de Montréal adopté en 2015, l’agglomération de Montréal s’est donnée l’objectif de protéger 10 % de son territoire terrestre et des efforts ont été faits en ce sens par l’administration. En effet, plusieurs acquisitions de terrains viennent progressivement consolider les écoterritoires.

Cependant, atteindre l’objectif du SAD requiert la protection de 2 000 ha supplémentaires, ce qui représente une superficie d’environ 26 fois le jardin Botanique. Tout un défi quand nous savons la rareté des espaces naturels encore intacts sur l’île de Montréal.

 

À court terme, assurer la protection des terrains de Pierrefonds-Ouest et d’Anjou

Le secteur de Pierrefonds-Ouest et le Golf métropolitain d’Anjou représentent à eux seuls un potentiel de plus de 250 ha. Pierrefonds-Ouest constitue un des derniers terrains d’une telle superficie sur l’île de Montréal dont la valeur écologique, autant localement que régionalement, a été mise en évidence par des études scientifiques. La protection des 185 ha visés par le développement et leur intégration dans le parc-nature de l’Anse-à-l’Orme offrirait aux montréalais l’accès à un parc d’envergure.

 

Pour une équité sociale et territoriale

L’atteinte de l’objectif passe, entre autres, par une révision de l’approche préconisée dans la Politique de protection et de mise en valeur des milieux naturels. Datant de 2004, la Politique avait alors un objectif de 6 % d’aires terrestres protégées. Il faut diversifier les interventions en sortant des territoires définis dans les écoterritoires, ce qui permettrait d’agrandir le bassin de terrains potentiels.

L’Est de Montréal présente un potentiel important avec les terrains laissés en friche suite au départ de plusieurs entreprises de l’industrie pétrochimique. Une renaturalisation de ces grands espaces permettrait de nous rapprocher de la cible. Grâce à son expertise reconnue mondialement au niveau de la biodiversité et de la décontamination, Montréal a tout ce qu’il faut pour y arriver. Cette approche contribuerait également à rétablir une équité territoriale en protégeant des terrains situés dans l’Est.

Dans l’Est, le golf métropolitain d’Anjou constitue le seul espace vert de grande superficie dans un secteur très minéralisé. Sa protection et sa renaturalisation en vue d’une intégration au parc-nature du Bois-d’Anjou représente une formidable occasion d’offrir à la population de l’Est son grand parc de plus de 100 ha. Alors que nous multiplions les actions en collaboration avec les partenaires ILEAU afin d’améliorer la qualité de vie de l’Est, la disparition d’une partie du golf viendrait contrecarrer les efforts de toute la collectivité.

 

Saisir les occasions dans les grands projets

Les prochaines années vont être cruciales dans plusieurs secteurs d’importance. Nous pouvons penser, entre autres, à l’avenir de la future cour Turcot, immense espace qui pourrait, en donnant une place prépondérante aux espaces verts et bleus, consolider une trame verte et bleue dans le grand Sud-Ouest. Combinée à la dalle-parc et à la falaise Saint-Jacques, nous aurions alors un véritable réseau vert. Les résidentEs des quartiers subissant les contraintes de cette infrastructure autoroutière méritent largement ces investissements et aménagements.

Le grand secteur de l’Assomption, en complète transformation, incluant les deux morceaux actuellement traités séparément (secteur Nord et future Cité de la logistique), présente une incroyable occasion pour l’Est de faire preuve d’innovation dans les pratiques d’aménagement. Une réflexion approfondie doit être menée, notamment sur la protection du bois existant et sur le ruisseau Molson aujourd’hui canalisé.

 

Ne pas oublier les petits espaces verts privés : une richesse à préserver

Le jardin Domtar et le jardin Notman, tous deux menacés de disparition au profit d’un développement immobilier, sont des exemples parlants de la menace qui pèse actuellement sur les rares espaces verts en plein coeur urbain. Oasis de verdure, ces terrains apportent une multitude de bénéfices dont les résidents et les travailleurs qui les côtoient chaque jour ne peuvent se passer : îlot de fraîcheur, accès à la nature, gestion des eaux pluviales, biodiversité sont autant d’éléments qui contribuent à améliorer la qualité de vie de tous.

 

Aux municipalités de mener le bal dans l’aménagement de leur territoire

Dans plusieurs dossiers concernant des terrains privés, les administrations publiques font face à des poursuites de la part de promoteurs. Ce recours systématique à des procédures judiciaires, pour des montants souvent exorbitants, est de nature à refroidir les visées de protection des administrations et peut conduire alors à des interventions visant à ne pas froisser les promoteurs.

La récente décision de la Cour supérieure quant au dossier Meadowbrook, rejetant les demandes d’indemnisations du promoteur pour une prétendue expropriation déguisée, est un signal encourageant pour les villes souhaitant mettre la préservation du territoire en haut de leurs priorités.

Ce sont les municipalités qui doivent mener le bal dans le développement de leur ville et non les promoteurs, parce qu’elles ont le mandat d’offrir des milieux de vie de qualité à leur population. Dans ce sens, il faut saluer les municipalités qui font le choix d’une planification misant sur la préservation des espaces verts et des milieux naturels et qui encouragent la reconstruction de la ville sur elle-même.

 

Le rôle clé des promoteurs

Une cohérence entre leurs actions et leur discours « vert »  doit se traduire sur le terrain, en privilégiant les secteurs à revitaliser et en épargnant ainsi les derniers espaces verts. Le simple fait d’ajouter du vert sur les dépliants promotionnels de leur projet ne peut suffir à en faire un exemple de durabilité. Des espaces à développer en dehors de ces milieux verts, il y en a sur l’île de Montréal. Ils doivent orienter leurs projets dans ces lieux et les administrations doivent les y aider.  

 

Pouvoir se rendre facilement dans les grands parcs

Les occasions d’être en nature sont nombreuses dans l’Ouest de l’île, mais y accéder en transport en commun pour les personnes provenant des quartiers centraux ou de l’Est, relève de l’exploit. Le nouveau parc Frédéric-Back fait face à ce type de défi aussi : que ce soit au niveau de la connexion avec le réseau cyclable, de l’accès depuis les stations de métro ou de la traversée des frontières urbaines que représentent les autoroutes ou les voies ferrées. Afin de rendre l’ensemble des grands parcs d’agglomération accessibles à tous, l’administration doit mettre en place une série de mesures relatives aux transport collectif et actif.

Des solutions existantes ailleurs, comme la navette du parc national urbain de la Rouge à Toronto, pourraient et devraient nous inspirer.

Les enjeux entourant les espaces verts et les milieux naturels sont multiples et complexes. C’est seulement par un travail concerté entre les administrations publiques, les promoteurs privés et la collectivité que nous pourrons faire de Montréal une ville verte, agréable pour tout le monde. La population de l’île de Montréal le demande de plus en plus fort.

La protection des milieux naturels et des espaces verts n’est pas une dépense mais un investissement pour le bien-être de la collectivité de la métropole.