La distribution du bruit routier sur l’île de Montréal : un enjeu d’équité environnementale

Diplômé du doctorat en études urbaines de l’INRS en 2015, M. Carrier a été nommé chercheur étoile du Fonds de recherche du Québec – Société et culture en septembre 2016 pour son article “Road traffic noise in Montreal and environmental equity: What is the situation for the most vulnerable population groups?” tiré de sa thèse sur le même sujet “La distribution des polluants atmosphériques et du bruit provenant du transport routier dans les milieux résidentiels de l’île de Montréal: un cas d’équité environnementale”

 

Actuellement on dénombre un peu plus de 10 000 véhicules électriques au Québec et l’objectif du gouvernement est d’atteindre 100 000 véhicules électriques sur les routes d'ici 2020. Cela veut dire que l’impact des moteurs à combustion dans nos villes va continuer d'entraîner de sérieuses conséquences sur la qualité des milieux de vie, notamment d’un point de vue du bruit et de l’air qu’on respire.

 

Le bruit et ses effets sur la santé

Le bruit routier constitue l’une des nuisances les plus contraignantes pour la population exposée à des niveaux élevés. Une exposition prolongée à de tels niveaux peut entraîner divers problèmes de santé et de bien-être, comme la perte de sommeil, l’hypertension, le développement de maladies cardio-vasculaires et la hausse de problèmes cognitifs chez certains groupes à risque. Les enfants et les personnes âgées seraient d’ailleurs les deux groupes de la population les plus enclins à développer des problèmes de santé en raison d’une exposition prolongée au bruit routier.

 

La distribution des nuisances et l’équité environnementale

De son côté, la littérature sur l’équité environnementale s’intéresse aux interrelations entre les caractéristiques de l’environnement et celles des habitants au sein d’un même territoire. Les chercheurs tentent de vérifier si les nuisances sont distribuées de façon équitable. Plusieurs auteurs de ce courant théorique ont porté une attention particulière sur les milieux dans lesquels les minorités visibles et les personnes à faible revenu se concentrent. Il en est ressorti que les niveaux de diverses nuisances, dont le bruit, sont souvent significativement plus élevés dans les milieux où se concentrent ces deux groupes de la population.

 

Objectif principal de recherche

L’objectif principal de cette recherche a été de vérifier l’existence d’iniquités environnementales quant au niveau de bruit routier estimé pour les ménages à faible revenu, les minorités visibles, les moins de 15 ans et les personnes âgées de 65 ans sur la majeure partie de l’île de Montréal en mobilisant quelques méthodes statistiques.

 

La méthodologie

Cette étude a mis l’accent sur la mesure du niveau de bruit routier pour une journée normale dans 14 arrondissements de la Ville de Montréal. Pour ce faire, nous avons sélectionné les caractéristiques de l’environnement routier et urbain qui ont une influence sur le niveau de bruit, soit les débits de circulation, la vitesse affichée, la proportion de camions lourds, la géométrie routière, l’élévation du terrain, la hauteur et la densité des bâtiments, les conditions atmosphériques de même que la présence d’écrans antibruit en bordure des axes majeurs de circulation.

Parallèlement, nous avons subdivisé le territoire d’étude en plusieurs parties afin d’augmenter la précision des calculs. Une fois les caractéristiques colligées dans une base de données, celles-ci ont été exportées dans un logiciel permettant d’estimer le niveau de bruit pour une période de 24 heures à partir des éléments énumérés précédemment. À titre indicatif, les calculs ont été effectués à des points séparés par une distance de 25 mètres. Un niveau de bruit sur une période de 24 heures a donc été obtenu à tous les points définis et un calcul a ensuite été effectué pour obtenir la valeur moyenne de la nuisance dans chacun des îlots urbains[1] du territoire d’étude. Cette étape permet de mettre en relation les caractéristiques socio-économiques de la population avec le niveau de bruit, et ce, à l’échelle spatiale la plus précise du recensement canadien. Des analyses statistiques ont par la suite été utilisées pour déterminer si l’un ou l’autre des groupes se localisent dans des îlots où le niveau de bruit routier est significativement supérieur.   

 

Résultats et retombées potentielles de la recherche

Les résultats provenant de la mobilisation de différentes analyses statistiques signalent, d’une part, que les groupes sélectionnés sur la base de l’âge ne subissent aucune iniquité environnementale. D’autre part, les ménages à faible revenu et les minorités visibles vivent dans des  îlots urbains caractérisés par des niveaux de bruit routier légèrement supérieurs au reste de la population du territoire d’étude. Cet écart est d’autant plus important lorsque les proportions de ces groupes augmentent dans les îlots urbains. Parmi les retombées potentielles de cette recherche, une réflexion pourrait être entreprise par les acteurs afin d'analyser les interventions potentielles dans les zones au niveau desquelles les niveaux de bruit s’avèrent les plus élevés. Ultimement, l’identification systématique du bruit comme étant une source de nuisance problématique pour la santé des populations pourrait notamment guider les autorités en planification urbaine à adopter des normes d'aménagement plus restrictives aux abords des axes majeurs de circulation.

[1] Les îlots urbains se rapportent habituellement à des zones qui concentrent de 100 à 300 personnes.

 

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