Le projet de biométhanisation et de compostage pour l’île de Montréal

À la fin de l’année 2011, l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) a tenu une série d’audiences publiques à propos du développement des infrastructures nécessaires à l’implantation d’un programme de collecte et de traitement des matières résiduelles organiques sur l’île de Montréal. Alors que les recommandations de l’OCPM seront bientôt rendues publiques, le Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-Mtl) fait le point sur ce dossier environnemental important pour la métropole.

Pourquoi traiter les matières résiduelles organiques par biométhanisation?

À Montréal, les matières résiduelles organiques constituent 40 % du sac à ordure. Actuellement, seulement 10 % de ces matières générées par les citoyens montréalais sont récupérées, les 90% restant prenant le chemin de l’enfouissement, représentant de gros tonnages. Or, non seulement il faut les transporter sur de longues distances pour en disposer, mais aussi lorsqu’elle est enfouie et se décompose, la matière organique cause deux problématiques environnementales considérables : l’acidification du milieu par lixiviation et la production d’importantes quantités de méthane qui se retrouve au moins en partie rejetées dans l’atmosphère.
Le choix de traiter la matière résiduelle organique par compostage et par biométhanisation constitue le meilleur choix puisque cela respecte les principes de priorisation des 3RV (Réduction à la source, Réemploi, Recyclage et Valorisation), en permettant de recycler cette matière devenue une ressource, au lieu de la gaspiller en l’enfouissant simplement ou de la brûler. En effet, les différentes options de technologie thermique (comme l’incinération et la gazéification) entraînent une perte définitive de la matière organique qui ne peut alors être remise dans le cycle de production. Au plus, certaines technologies thermiques utilisées pour les matières organiques représentent de l’élimination à valeur énergétique ajoutée si on la compare à d’autres techniques d’élimination. Mais ces technologies ne peuvent aucunement équivaloir à des techniques de compostage et de biométhanisation qui remettent en circulation de la matière comme nouvelle ressource.

Quel est le projet montréalais?

La nouvelle Politique québécoise de gestion des matières résiduelles a pour objectif de détourner 60 % de ces matières des sites d’enfouissement d’ici l’année 2015. L’agglomération de Montréal doit donc agir rapidement afin d’atteindre cet objectif qu’elle s’est aussi fixée dans son Plan directeur de gestion des matières résiduelles (PDGMR), adopté en août 2009.
Pour atteindre ses objectifs, l’agglomération de Montréal a décidé de mettre en place quatre infrastructures de traitement des matières organiques répartis sur quatre emplacements sur le territoire de l’agglomération de Montréal. Le projet prévoit donc l’implantation d’un centre de compostage dans l’arrondissement de Villeray – Saint-Michel – Parc-Extension et dans la ville liée de Dorval et des centres de biométhanisation dans l’arrondissement de LaSalle ainsi que dans la ville liée de Montréal-Est.

Quels sont les principaux enjeux afin de garantir le succès d’un tel projet?

Les infrastructures doivent voir le jour ! Il est donc indispensable que le choix des sites soit finalisé rapidement pour que leur construction prenne forme dans les prochaines années et que leur mise en service permette enfin la collecte des matières organiques sur l’ensemble du territoire montréalais.
Le respect de l’équité territoriale est fondamental au bon fonctionnement du projet et constitue un pré requis indispensable à l’acceptabilité sociale de l'ensemble de celui-ci. Le respect de ce principe fait en sorte que d’une part, l’agglomération traitera ses matières générées sur son territoire et d’autre part, que les différents secteurs de l’île de Montréal se répartiront la charge de ce traitement. C’est ainsi que le principe de responsabilité partagée prévaudra, limitant également l’ampleur des impacts environnementaux et sociaux liés au transport des matières collectées.

Même si le CRE-Montréal a bien conscience de la difficulté, dans un contexte fortement urbanisé, de trouver des sites appropriés qui répondent à tous les critères émis par le gouvernement, il considère important que les sites choisis soient bien répartis sur le territoire. En ce sens, le CRE-Montréal est donc en accord avec la proposition de l’agglomération d’installer les 4 sites de traitements de la matière résiduelle organique dans 4 secteurs différents de l’île de Montréal.

Information, sensibilisation, communication - Une fois les infrastructures en place, la réussite du projet de centres de traitement des matières organiques dépend grandement de la bonne participation des citoyens au tri et à la collecte, tant en termes de qualité que de quantité. Les citoyens sont prêts à faire leur part : un sondage omnibus effectué en 2008 pour le CRE-Montréal démontrait que 83 % des Montréalais étaient en faveur de la collecte à domicile des matières organiques. Mais pour cela, il faut que soit mis en place un système efficace de collecte accompagné d’une campagne de communication claire véhiculant un message positif sur comment et pourquoi participer. Concernant plus particulièrement les infrastructures, il sera essentiel d’assurer un bon canal d’information diffusant régulièrement des informations liées à leur fonctionnement, les intrants, les extrants et tous autres renseignements pertinents. Ces informations doivent être diffusées en portant une attention particulière à répondre aux questions des citoyens des quartiers concernés.

Souhaitons que la prochaine étape qui consistera à bâtir ces infrastructures verra le jour au cours des prochaines années pour que les objectifs de la Politique soient respectés et qu’enfin toutes ces matières soient recyclées et non simplement jetées.