Entrevue avec Agnès Beaulieu, directrice générale d’Insertech Angus

Gagnante de la catégorie OBNL/associations et regroupements du gala de reconnaissance en environnement et développement durable 2012.

Tout d’abord, en quelques mots, quels sont les enjeux reliés à la gestion des produits électroniques, communément appelés les TIC?

Chaque année, des centaines de milliers d’appareils électroniques sont envoyés à l’enfouissement ou au recyclage pour être démantelés et la consommation d’équipements est en croissance constante. Pourtant, le processus de fabrication des ordinateurs, écrans, tablettes numériques ou téléphones intelligents est extrêmement nocif pour l’environnement. Il fait appel à des métaux et ressources rares, non renouvelables, utilise beaucoup d’eau et d’énergie, génère des déchets toxiques. La réduction de la fabrication inutile de nouveaux équipements, en favorisant le réemploi et la réparation de ceux qui existent, constitue donc une priorité environnementale. Malheureusement au Québec, les entreprises et les citoyens ne comprennent pas bien la différence entre le réemploi et le recyclage. Ils ont tendance à envoyer leurs appareils au démantèlement chez des recycleurs plutôt que de favoriser des entreprises de réemploi en économie sociale.

L’analyse du cycle de vie des ordinateurs réalisée en 2011 par le CIRAIG et le groupe AGECO pour le compte de Recyc-Québec a démontré scientifiquement les énormes bénéfices environnementaux et sociaux du réemploi des équipements informatiques par rapport au recyclage (au moins 9 fois plus avantageux). L’analyse montre aussi que les entreprises gardent en moyenne leurs ordinateurs durant 4 ans et que le réemploi à des fins sociales, lorsqu’il est fait professionnellement comme à Insertec,h, permet de prolonger d’au moins 3 ans la vie des équipements.

En quoi consiste le règlement sur la responsabilité élargie des producteurs (REP) dans sa dernière mouture ?

Le Règlement sur la récupération et la valorisation des produits par les producteurs entrera en application le 14 juillet 2012 pour les produits électroniques (ordinateurs, portables, écrans, imprimantes, téléviseurs). Basé sur le principe de la responsabilité élargie des producteurs, il vise à réduire l’enfouissement en obligeant les producteurs ou les premiers distributeurs au Québec à mettre en place un programme de récupération de leurs produits ou à adhérer à un programme collectif. Les producteurs eux-mêmes sont responsables de choisir, en fonction de critères semblables pour tout le Canada, quelles seront les entreprises de réemploi ou de recyclage qui pourront traiter les matières dans le cadre des programmes. Ils devront aussi déterminer les points de dépôt dans tout le Québec. Les consommateurs auront accès à des points de dépôt à travers le Québec où ils pourront déposer leurs appareils gratuitement. Un règlement de ce type existe déjà dans la plupart des provinces canadiennes.

Le règlement québécois comporte cependant certaines particularités intéressantes. Ainsi, il précise que les programmes des producteurs doivent respecter la hiérarchie des 3RV-E (donc favoriser la réduction à la source et le réemploi avant le recyclage) et privilégier le traitement local des matières résiduelles. Les entreprises d’économie sociale comme Insertech ont toujours appuyé l’adoption de ce règlement mais ont certaines inquiétudes quant à sa mise en application.

Où en sommes-nous selon vous aujourd’hui dans sa mise en place ?

Au début de mai 2012, l’organisme de gestion du programme collectif, qui devait avoir été mis en place par les producteurs en avril n’était toujours pas en fonction. Il n’existait pas non plus encore de mécanismes pour choisir les points de dépôt où les citoyens et les entreprises pourront déposer leurs équipements à partir du 14 juillet 2012. L’échéancier est donc très serré.

Le processus de qualification des entreprises qui auront le droit de faire du réemploi ou du recyclage a pris un très grand retard et certains documents ne sont même pas encore traduits au Québec. Actuellement, seules quelques très grandes entreprises de recyclage qui œuvraient déjà en Ontario sont qualifiées pour participer au programme en juillet.

Insertech Angus attend toujours la réponse à sa demande de qualification comme entreprise de réemploi/reconditionnement d’équipements informatiques. Insertech espère aussi devenir un point de dépôt pour continuer à recevoir les appareils des entreprises et des citoyens.

Quels sont d’après vous les défis que ce règlement doit relever pour être vraiment efficace ?

Il faut s’assurer que le Règlement québécois ait préséance sur les standards et les modes de fonctionnement habituels des producteurs au Canada qui malheureusement ne favorisent pas le réemploi, contrairement aux objectifs québécois. Recyc-Québec doit aussi disposer des mécanismes de surveillance et d’intervention suffisants pour veiller à ce que les équipements encore utilisables soient réacheminés au réemploi local et non traités pêle-mêle dans des conteneurs ou des bacs de récupération où ils seront irrémédiablement endommagés ou envoyés directement au recyclage.

Recyc-Québec doit s’assurer que les programmes mis en place par les producteurs offrent des conditions financières favorables au réemploi et qu’ils tiennent compte de l’expertise et de l’impact des entreprises d’économie sociale comme Insertech dans leur communauté. De plus, la documentation et les mécanismes de qualification doivent être disponibles en français et accessibles dans des délais raisonnables. Enfin, nous croyons important qu’une entreprise d’économie sociale de réemploi fasse partie du comité de vigilance qui sera mis sur pied par les producteurs. Tous ces éléments pourront permettre que le règlement diminue les impacts environnementaux négatifs des TIC et génèrent de nouvelles habitudes de consommation plus soucieuses du développement durable.

Quelles solutions vous envisageriez pour relever ces défis ?

Nous encourageons les entreprises d’économie sociale à déposer leur dossier de qualification et à réclamer leur place dans les programmes. Nous croyons que les entreprises et les citoyens ont un rôle à jouer en insistant pour que leurs appareils soient réemployés au maximum et traités localement pour éviter les impacts écologiques. Nous les invitons à faire appel à des organisations de réemploi éthiques et professionnelles.

Les activités d’Insertech sont intiment liées à ce dossier. Quels services offrez-vous et quels sont ceux que vous souhaiter pousser à l’avenir ?

Insertech Angus est une entreprise d’insertion et d’économie sociale en récupération et reconditionnement d’équipements informatiques depuis 1998. Insertech a lancé en 2011 une nouvelle solution de récupération destinée aux entreprises de la région montréalaise. Appelée DÉDUIRre - DÉveloppement DUrable par l’Insertion sociale, le Réemploi informatique et le recyclage écologique,- ce service professionnel répond aux plus hauts standards environnementaux (ISO 14001, Carbone neutre) et garantit le réemploi maximal de leurs appareils, au bénéfice de la communauté (citoyens, organismes). Insertech offre aussi aux citoyens des services spécialisés et innovateurs de réparation de leurs ordinateurs, portables, mini-portables, écrans à cristaux liquides et bientôt les tablettes numériques, pour prolonger la vie. Tout le travail de réparation et réemploi sert à l’insertion sociale de jeunes adultes et favorise l’accès à la technologie pour les citoyens et organismes montréalais. C’est donc une solution écologique et socialement profitable!

Nous espérons que le nouveau Règlement aidera Insertech à développer ses activités et à répondre toujours mieux à ses objectifs environnementaux et sociaux.