La biométhanisation à Montréal?

Le CRE-Montréal, en collaboration avec l'Institut des sciences de l'environnement de l'UQAM, a récemment organisé une conférence sur le traitement des matières organiques par biométhanisation. Entrevue avec Mme Kim Cornelissen, consultante en développement régional et international.

Comment un projet de traitement des matières résiduelles organiques par biométhanisation se distingue d’un projet de captation des gaz dans un site d’enfouissement?

Il s’agit dans les deux cas de biogaz, mais il y a des différences importantes. Le captage des gaz dans un site d’enfouissement est essentiel afin d’éviter que le méthane ne contamine l’atmosphère, étant un puissant gaz à effet de serre (plus de 20 fois plus dommageable que le CO2).

Qualité du biogaz : Comme il y a encore beaucoup de déchets organiques, on appelle ce gaz « biogaz », et ce, même s’il y a également beaucoup d’autres matières qui n’ont rien de naturel. C’est ce qui fait également que la qualité du biogaz peut varier grandement d’un site à l’autre, dépendant des matières résiduelles qui y sont déposées. Le ratio méthane/CO2 est beaucoup moins élevé que pour ce qui est de la biométhanisation, d’où l’idée de l’utiliser surtout dans des systèmes qui demandent un gaz moins purifié, comme le chauffage ou la production électrique par exemple.

Quantités disponibles du biogaz : Le biogaz d’un site d’enfouissement est produit tant que le site est en activité et cessera d’être produit, plusieurs années plus tard après la fermeture d’un site. Il s’agit bien sûr d’une solution importante maintenant, parce que les déchets organiques sont encore dirigés vers les sites d’enfouissement et qu’il y a beaucoup d’émissions de méthane; c’est toutefois une solution semi-permanente, parce qu’on ne gagne rien à continuer d’envoyer les matières résiduelles à l’enfouissement. D’où l’idée de détourner les matières résiduelles organiques pour produire du biométhane, une source permanente d’énergie de très belle qualité, et qui fournit également un digestat (compost) de très haute qualité également.

Qualité du biométhane : Le biométhane provient des déchets putrescibles (fumiers, purins, eaux usées, fruits, légumes, fromages, viande, déchets de cuisine, etc.) qui sont placés dans un bioréacteur, dont le but est d’accélérer la putréfaction afin de faire ressortir le méthane, dans un pourcentage méthane/CO2 beaucoup plus élevé que le biogaz des sites d’enfouissement. La raison principale, c’est parce que le gisement de matières résiduelles à valoriser (uniquement naturel) est beaucoup plus pur que dans un site d’enfouissement où il y a n’importe quoi à peu près. Il est alors beaucoup moins coûteux de le raffiner pour en faire du gaz naturel de haute qualité, qui peut servir entre autres dans les moteurs de véhicules ou pour être intégré à un réseau de distribution de gaz naturel comme celui de Gaz Métro par exemple.

Quantités disponibles de biométhane : Comme il s’agit de matières putrescibles, le biométhane est une source permanente d’énergie parce que l’agriculture de par sa « nature » produit des matières résiduelles de façon continue. De fait, avec la biométhanisation, la notion de « déchets » disparaît : on récupère le méthane pour remplacer le diésel ou le gaz naturel fossile et on retourne le digestat à l’agriculture, ne nuisant aucunement à la fertilisation des terres qui nous nourrissent, bien au contraire! À Montréal, il existe sûrement beaucoup de matières résiduelles qui pourraient provenir des ICI (industries, commerces, institutions), en plus des déchets résidentiels et des sites de traitement des eaux usées.

Il est toutefois important que nous développions cette filière dans le respect des 3 R-V mais également en considérant que la notion même de « déchet » pourrait disparaître. Il serait en effet contre-productif de produire plus de déchets pour produire plus d’énergie.

Pour Montréal, quelles seraient potentiellement les retombées positives du traitement des matières résiduelles organiques par biométhanisation?

Elles sont multiples, mais citons-en trois au départ :

  • Gestion locale de l’énergie, donc un plus grand contrôle des choix énergétiques, mais également la possibilité de conjuguer la production/utilisation de l’énergie locale avec d’autres objectifs environnementaux ou en développement durable. Possibilité également d’obtenir des crédits d’émissions de CO2 et de réduire la pression sur les sites d’enfouissement.
  • Diminution du transport parce que si le transport des matières résiduelles est bien géré, on réduit considérablement le transport du carburant (souvent en provenance d’autres pays), mais on utilise également un carburant qui émet très peu de CO2 et autres polluants atmosphériques, ce qui améliore du même coup la qualité de l’air à Montréal.
  • L’exemple de l’ouest de la Suède – qui produit du biométhane depuis au moins 15 ans – a permis de démontrer que la qualité de l’air et de l’eau est meilleure, que les gens sont plus stimulés pour réduire leur empreinte écologique et que les « gisements » de matières résiduelles organiques sont tels qu’ils pensent remplacer 20 % de leurs besoins énergétiques en transport d’ici peu.

Existe-t-il un endroit similaire à Montréal où les matières résiduelles organiques sont traitées par biométhanisation? Cet exemple pourrait-il être transférable à la réalité montréalaise?

Le cas de Montréal est particulier parce que la gestion des matières résiduelles s’inscrit dans le cadre plus large de la Communauté métropolitaine de Montréal, où plusieurs usines de biométhanisation, des centres de captage du biogaz dans les sites d’enfouissement et des plates-formes de compost sont prévus. L’exemple de la Suède est bien sûr intéressant, entre autres parce que le biométhane n’est que très peu utilisé pour l’électricité et proviendra de grands bioréacteurs, ce qui n’est pas le cas de l’Allemagne, par exemple, où l’utilisation est surtout électrique et provient beaucoup de bioréacteurs installés sur des fermes. L’un des bons exemples qui pourrait être transféré à l’expérience montréalaise pourrait être par exemple celui de l’ouest de la Suède (1,5 million de personnes), surtout dans un contexte où les conditions climatiques sont semblables et étant donné les nombreuses ressemblances entre ce pays et le Québec. Bien que la ville centrale, Göteborg (ou Gothenburg) soit plutôt de la taille de Québec, la présence de réseaux de distribution de gaz naturel et la réalité nordique font de cet exemple un modèle qui peut être adapté à Montréal.

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