Le projet A.I.R. d'Équiterre - Alimentation institutionnelle responsable

Entrevue avec Nadine Bachand d'Équiterre

Équiterre a un nouveau projet dans son sac :« Alimentation institutionnelle responsable » (A.I.R.) Ce projet, d'une durée de 3 ans, veut favoriser l'alimentation saine, citoyenne et durable au sein des écoles et des hôpitaux ainsi que chez les jeunes et les adultes qui les fréquentent. À quelques jours de l'arrivée du printemps, nous vous proposons une entrevue avec Nadine Bachand, chargée de projet - agriculture écologique chez Équiterre.

Madame Bachand, parlez-nous un peu de ce nouveau projet d'institutions bio.

Les préoccupations liées à l'agriculture et à l'alimentation sont grandissantes, tant chez les citoyens que chez les décideurs. L'obésité juvénile, la pression exercée sur le monde agricole et la pollution qui en découle, la cassure du lien entre consommateurs et producteurs, la perte des habiletés et des traditions culinaires, la qualité des repas servis en institutions sont autant d'éléments auxquelles le projet « Alimentation institutionnelle responsable » veut contribuer à apporter des alternatives.

Concrètement, les institutions qui se joindront à ce projet-pilote expérimenteront la création d'un partenariat alimentaire et éducatif avec une ferme écologique locale. Ainsi, dès la venue des premières récoltes de 2007, au moins cinq institutions bénéficieront de légumes et fruits écologiques fraîchement cueillis par leur agriculteur-trice. Une 2e et 3e vague d'institutions pourront se joindre au projet lors de l'an 2 et 3 du projet. Des outils pédagogiques seront développés au cours de la première année pour les enfants et les jeunes des institutions participantes. Des ateliers de sensibilisation et d'éducation seront aussi offerts aux parents et employés des institutions participantes.

Équiterre prépare également une tournée dans une dizaine de régions du Québec pour l'automne 2007. Cette tournée vise d'une part à informer les acteurs locaux (CSSS, commissions scolaires, écoles, hôpitaux, associations d'agriculteurs, Directions régionales de ministères, etc.) et d'autre part, à explorer les possibilités de l'offre des fermes locales et la demande potentielle des institutions.

Équiterre travaille actuellement à développer des jumelages entre les fermes et institutions qui participeront à cette première année du projet-pilote. Les institutions intéressées sont invitées à communiquer rapidement avec nous.

En plus de favoriser la santé des participants, le projet A.I.R. veut contribuer au développement durable, à la solidarité citoyenne, à l'enrichissement du rapport des citoyens à l'agriculture et à l'alimentation ainsi qu'au développement des habiletés des individus et des collectivités à bien s'alimenter.

Qu'est-ce qui a amené Équiterre à vouloir étendre le projet des garderies bio aux institutions ?

Nous le constatons de plus en plus régulièrement, les questions de la santé humaine, notamment celle des enfants et des jeunes, de la santé de l'environnement et celle de notre agriculture sont de plus en plus présentes sur la place publique.  Fort de l'expérience des Garderies bio et aussi en raison du consensus social entourant la nécessité de traiter rapidement et efficacement des questions d'environnement et de santé en alimentation, nous pensons plus que jamais que le Québec est mûr pour l'implantation et le développement de rapports collectifs revisités à ces activités fondamentales que sont l'agriculture et l'alimentation.  Les institutions que sont les écoles et les institutions de santé, à cause de leur capacité à rayonner au sein de leur communauté et parce qu'elles poursuivent un mandat d'éducation (dans le cas des écoles) et de santé, sont des «cibles» stratégiques pour le développement de ces nouveaux rapports plus riches à la réalité quotidienne alimentaire.

En termes de nombre de fermes biologiques et de superficie de terre  agricole, quelle incidence aurait le choix biologique dans les institutions ?

Les retombées à long terme en matière de nombre de fermes et de superficies sont difficiles à estimer, mais nous pouvons nous laisser inspirer par les retombées du réseau d'Agriculture soutenue par la communauté (ASC) d'Équiterre. Ce projet mis sur pied il y a 12 ans avec une seule ferme, est maintenant le plus important au monde avec, pour cette année, 99 fermes et 341 points de livraison dans 13 régions du Québec. Une étude réalisée par équiterre en 2006 sur les coûts de production des fermes ASC a démontré que les retombées économiques de ce réseau sont estimées à 3,8 millions de dollars au Québec. Le total des ventes brutes pour le secteur bio au Québec est évalué à 45 millions de dollars. L'ASC représente donc 7 % des ventes brutes, à la ferme. De plus, sur les 508 entreprises agricoles certifiées biologiques dans la province, 19 % font partie du réseau ASC.
 

Le grand avantage de cette formule réside dans le fait que 100 % du dollar dépensé par le citoyen revient au fermier. L'exemple du pot de cornichon fréquemment utilisé par l'UPA est frappant : seulement douze cents et demie reviennent à l'agriculteur sur les 2,99 $ payés par le consommateur.

Est-ce que vous croyez que toutes les institutions peuvent se convertir aux aliments biologiques ? Et  est-ce que le réseau québécois de fermes biologiques serait en mesure de fournir toutes les organisations ?

C'est très difficile à estimer. Le choix des aliments que nous produisons et consommons, le lieu d'où ils proviennent et les pratiques de production, de transformation et de distribution utilisées influencent l'état de l'environnement, notre santé, notre économie et les liens sociaux qui unissent les différents acteurs de la société. Puisque nos choix alimentaires ont des répercussions collectives et que l'alimentation répond à un besoin fondamental, il serait souhaitable que des incitatifs et du soutien soit apporté aux acteurs sociaux qui font des gestes dans le sens d'une alimentation et d'une agriculture plus saine et plus durable.

La Commission sur l'avenir de l'agriculture et l 'agroalimentaire du Québec (CAAAQ), qui se déroule de février à septembre 2007, est un rendez-vous à ne pas manquer pour tous les citoyens, une tribune où ils peuvent témoigner de leurs points de vue sur l'avenir de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de l'alimentation. Il s'agit d'un exercice rare - et d'autant plus précieux - qui permettra de discuter d'enjeux majeurs, notamment notre souveraineté alimentaire, l'étalement urbain, l'endettement des agriculteurs, les OGM, la concentration de la propriété des terres agricoles et des entreprises de transformation et de distribution, etc. Équiterre invite les citoyens à signer le « Manifeste des citoyens-mangeurs du Québec », un outil virtuel pour transmettre à la CAAAQ un message pour une agriculture en santé !
5) Quand on parle d 'institution, on pense tout de suite aux hôpitaux. D 'un côté, on entend souvent que ceux-ci n 'ont pas d 'argent et de l 'autre, que le bio, ça coûte cher. Comment réconcilier les deux mondes ?

En intégrant de manière graduelle l 'alimentation biologique, à la mesure des possibilités de chacun. Les légumes achetés directement de la ferme permettent aussi d'y avoir accès de manière générale et à un coût moindre que dans un magasin de détail, puisqu'il n'y a pas d'intermédiaires. De plus, 100% de notre dollar va à l'agriculteur-trice, un appui très important dans un contexte de crise du revenu net agricole.

Il faut aussi garder à l'esprit la plus value de ces aliments sur les plans de la santé, de l'environnement et des retombées économiques locales. À l'heure actuelle, le système alimentaire nous apporte des aliments dont les prix n 'incluent pas les coûts environnementaux et sociaux que leur production et leur transport impliquent.

Les contributions du projet pour l'agriculture se situent à plusieurs niveaux (externalités positives); contribution alimentaire par la fraîcheur et par la protection de la biodiversité agricole favorisées par l'achat local; contributions paysagère, touristique, économique, environnementale (diminution du nombre de kilomètres donc de la quantité de gaz à effet de serre émis par exemple); contribution sanitaire (diminution des coûts associés aux soins de santé pour traiter les maladies relatives à la pollution atmosphérique, ou à l'obésité); contribution culturelle (notre rapport collectif au territoire, aux fermiers, aux espèces comestibles et à la biodiversité alimentaire, etc.) et contribution communautaire (nos liens d'interdépendance entre personnes d'une même communauté). Les retombées positives d'un tel projet sur l'environnement, sur la santé et sur le dynamisme des communautés se révèleront davantage à  plus long terme.
 

Dans un contexte où les fermes ont de moins en moins d'endroits où écouler le fruit de leur travail contre une rémunération équitable ou tout simplement viable, nous espérons que ce projet permette à des fermes locales de pouvoir demeurer vivantes et viables.