Entrevue avec Jérôme Normand d'ENvironnement JEUnesse (ENJEU)

Aujourd'hui, personne ne peut remettre en question l'importance de l'éducation relative à l'environnement (ERE) pour les jeunes, si l'on veut se préparer un avenir plus respectueux en matière d'environnement et une meilleure qualité de notre milieu de vie. ENvironnement JEUnesse, l'organisme pour lequel vous travaillez, se trouve au cœur de cette démarche.

Tout d'abord, en quelques mots, pouvez-vous nous décrire les différents dossiers dans lesquels ENJEU est impliqué ?

ENvironnement JEUnesse est un organisme sans but lucratif avec membres. Ainsi, plus de 1100 membres individuels et plus de 80 membres collectifs (principalement des institutions d'enseignement) participent à la vie de l'organisme. Chaque année, plusieurs événements sont organisés pour regrouper nos membres, leur permettre de s'impliquer au sein de l'organisme et de se former (conférences, ateliers, rédaction de mémoires collectifs, participation à des consultations publiques, etc.). ENJEU offre aussi, par son service d'activités et de formations en éducation relative à l'environnement (SAFERE), des formations environnementales en milieu scolaire et en milieu d'entreprise. Six formations touchant les grands enjeux environnementaux actuels sont offertes. ENvironnement JEUnesse implante aussi en milieu scolaire des projets de grande envergure : la mise en place de sites de compostage, de récupération des matières recyclables, l'élaboration de systèmes complets de gestion environnementale, etc. Le programme de certification Cégep Vert du Québec s'inscrit dans cette catégorie de projets de grande envergure.

Récemment, vous avez développé un projet novateur pour le Québec : la certification «Cégep Vert du Québec». En quoi consiste-t-il ?

Le programme vise, par l'atteinte de critères définis, à amener un cégep ou collège à intégrer, d'une manière progressive et concertée, l'éducation relative à l'environnement et la gestion environnementale dans toutes ses activités. Il permet de mettre à contribution tous les acteurs d'un cégep ou collège à l'amélioration de la qualité de vie de celui-ci, dans une perspective de développement durable. ENvironnement JEUnesse accompagne et outille les établissements participants afin qu'ils atteignent ces objectifs.

La rentrée scolaire 2005 est faite. Concrètement, que va-t-il se passer dans les Cégeps qui ont déjà adhéré à votre programme «Cégep Vert du Québec» ?

L'an dernier (2004-2005), cinq cégeps ont été certifiés « Cégep Vert du Québec ». Quatre de ceux-ci ont atteint le premier niveau de certification (Ahuntsic, André-Grasset, Bois-de-Boulogne et Marie-Victorin), alors que le Collège de Rosemont, pionnier en gestion environnementale en milieu institutionnel au Québec, a atteint le niveau « excellence » d'emblée. Chaque année, les cégeps certifiés doivent maintenir les critères atteints pour conserver leur certification, ou passer à un niveau supérieur en atteignant de nouveaux critères. Voici une brève description des niveaux de certification et des critères les définissant :

Premier niveau :

-Former un comité d'action et de concertation en environnement (CACE) avec les différents acteurs du cégep afin d'assurer la pertinence et la pérennité des actions environnementales mises de l'avant. Le CACE comprend des gestionnaires, des cadres, des professeurs, des professionnels, des employés de soutien et des étudiants;

-Recevoir cinq (5) formations relatives à l'environnement (FRE) sur des problématiques ciblées (gestion écologique des déchets, changements climatiques, eau, alimentation, etc.);

-Favoriser la mise en place d'au moins deux (2) activités de sensibilisationenvironnementales par les étudiants, au sein du cégep;

-Rédiger et adopter une politique environnementale.

Deuxième niveau :

-Dresser un bilan environnemental initial traçant le portrait de la situation environnementale actuelle et permettant une meilleure hiérarchisation des actions et des objectifs de l'institution définis dans le plan d'action;

-ébaucher un plan d'action hiérarchisé et l'appliquer.

Troisième niveau :

-Créer un fonds d'intervention environnementale servant à financer certaines mesures bénéfiques au plan environnemental mais qui constituent une dépense;

-Dresser un bilan annuel (audit) permettant de vérifier l'atteinte ou non des objectifs du plan d'action et apporter les correctifs nécessaires.

Le niveau de certification excellence est attribué à l'établissement ayant atteint les trois niveaux précédents et continuant d'appliquer le principe d'amélioration continue (audits annuels et bonification des plans d'action).

D'après vous, y a-t-il un engouement des administrations et des jeunes pour effectuer un véritable virage vert au sein de leur institution ?

Tout à fait ! Les jeunes, particulièrement, ont grandi dans un contexte où le respect de l'environnement et le développement durable leur paraissent incontournables, leur avenir en dépend. Ils sont souvent bien surpris du peu d'infrastructures ou d'initiatives environnementales en milieu collégial par rapport à ce à quoi ils ont été habitués aux niveaux primaire et secondaire. D'un autre côté, les administrateurs sentent qu'un virage s'impose vers une gestion plus environnementale, mais ne savent souvent pas par où commencer et de quelle manière. Suite au lancement de la certification, à l'automne 2004, plus de 25 cégeps et collèges nous ont approchés pour avoir plus d'information quant au programme, autant des membres d'associations étudiantes que des cadres ou des employés !

Existe-t-il des efforts similaires déjà réalisés ou prévus dans les écoles primaires et secondaires ?

Il existe des initiatives semblables, mais aucune n'est exclusivement consacrée à l'environnement autant au niveau de la gestion dont sont responsables les cadres que de l'intégration de l'éducation relative à l'environnement dans la communauté entière de l'école, et ce de manière progressive et structurante. Toutefois, il faut souligner que des projets tels que celui des établissements Verts Brundtland, de la CSQ, comportent une dimension environnementale tout à fait pertinente et dont les objectifs globaux sont similaires.

Comment voyez-vous l'avenir pour un programme comme «Cégep vert» ?

D'un très bon œil ! Sachant que la préoccupation principale des Canadiens est l'environnement (devant la santé)1 et constatant le nombre croissant d'initiatives environnementales en milieu collégial, on ne peut qu'être optimiste ! Le nombre d'institutions nous ayant contacté reflète aussi un certain momentum environnemental. Sans oublier que les populations étudiantes collégiales étant décroissantes, les établissements certifiés « Cégep Vert du Québec » ont un argument supplémentaire pour attirer leur future clientèle !