Une politique et trois plans à revoir cette année

Plusieurs plans et politiques en environnement et développement durable arrivent à leur terme cette année, et nous voulions faire le point sur ces stratégies pour savoir si nous étions sur la bonne voie et ce qui devrait être amélioré dans les prochaines éditions.

Voici quatre documents importants en termes de mobilité urbaine, d’aménagement, d’espaces verts et de gestion des matières résiduelles.

Plan de transport 2008-2018

Le premier des 21 chantiers du Plan de transport 2008 était l’instauration d’un réseau de tramways au centre de l’agglomération de Montréal.  Ce chantier, non réalisé, semble vouloir se mettre en branle ailleurs sur l’île avec l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement québécois et sa volonté affirmée d’améliorer la mobilité dans l’Est, incluant un tramway dans l’emprise de la rue Notre-Dame.

Le Plan 2008 aura permis des avancées en matière de mobilité durable, telles que la bonification de l’offre de service des transports collectifs, l’implantation de mesures préférentielles pour les autobus et le développement de voies réservées et de nouvelles voies cyclables, le déploiement des services de Bixi, d’auto-partage et de covoiturage. L’administration municipale a fait de la mobilité durable un axe majeur de des actions; ces mesures devraient poursuivre leur expansion au cours des prochaines années.

Pour aller plus loin, le prochain Plan montréalais de mobilité durable devra mettre les bouchées doubles en termes de transports actifs et collectifs; la densification, le dynamisme et l’attractivité de la métropole, et la congestion galopante l’exigent.

Il devra parler amplement d’intermodalité en intégrant les nouveaux outils et services existants et en se projetant assez dans le futur pour prévoir les arrimages nécessaires avec des éléments structurants de son réseau : le REM, le SRB Pie IX, le prolongement de la ligne bleue, le réaménagement de la rue Notre-Dame et le REV.

Il devra présenter de façon claire sa contribution à la réduction des émissions de GES sur l’île avec une partie dédiée à l’exemplarité de l’administration municipale (matériel roulant, déplacement des employéEs…).

Plus que la «marchabilité», la notion de «promenabilité» devra être davantage au coeur des actions. Au cours des dernières années, des gestes d’élargissement de trottoirs, de rues piétonnes, de placottoirs, de sécurisation de traversées et d'embellissement, ont été déployés à plusieurs endroits. Cela doit devenir LA tendance pour une généralisation sur l’île ; une question d’équité territoriale. Pour y aider, il faudra mettre en place un «comité piéton», soit intégré à celui déjà existant pour les usagers du vélo, soit sous forme d’un nouveau comité.  

Plan d’urbanisme 2004

Document de référence en aménagement du territoire, le Plan d’urbanisme 2004 a reconnu  “ les réseaux de transport comme étant les éléments structurants et porteurs du concept d’organisation spatiale” (Ville de Montréal, chapitre 2.2  du Plan d’urbanisme). Il a donc fait un premier pas vers l’intégration de l’aménagement et de la mobilité. Après l’adoption du Schéma d'aménagement et de développement (SAD) de l’agglomération, c’est au tour des municipalités de l’île de se doter d’un plan d’urbanisme conforme.

La Politique de mobilité durable québécoise 2030, adoptée en 2018, est allée plus loin en explicitant davantage la nécessité de travailler de façon intégrée ces deux éléments indissociables de la planification territoriale, l’aménagement et le transport. Il sera donc intéressant de voir quelle sera la relation entre les prochains plans d’urbanisme et de mobilité. Comment ceux-ci feront-ils avancer la densification à échelle humaine, la vie de quartier, l’équité sociale, la préservation et l’amélioration de l’environnement (qualité de l’air, gestion des eaux de pluie, bruit, verdissement), la résilience aux changements climatiques et la vitalité économique de la métropole?  

Pour aller plus loin, pourrions-nous explorer une réglementation urbanistique basée sur la forme et l’implantation des bâtiments, inspirée du “form-based code” pour les grands secteurs de développement (Lachine-Est, Assomption / Grandes-Prairies, Namur - De la Savane, et toutes les zones ciblés par des PPUs); intégrer la question de l’implantation des bâtiments, de leur rapport à la rue et de la compacité pour dépasser la seule considération de la densité et des usages; revoir même la conception des rues pour être plus résilients aux changements climatiques par l’intégration de mesures (ex.: gestion des eaux de pluie, de la neige, de la glace).

Finalement, le récent cas de figure du projet Royalmount met en lumière la nécessité de se doter d’outils supplémentaires tels que des Supers PPU afin d’élargir le débat, l’échange et la réflexion lorsque les impacts de projets de développement d’envergure dépassent largement les limites physiques des entités administratives qui ont leur mot à dire sur ces projets.

Plan directeur de gestion des matières résiduelles (PDGMR) 2010-2014

Le PDGMR a été adopté dans la foulée du Plan métropolitain de gestion des matières résiduelles (PMGMR) adoptée pour les 82 municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) en 2006. Depuis, le gouvernement du Québec a révisé sa Politique québécoise de gestion des matières résiduelles et adopté un plan d’action pour la période 2011-2015. La CMM a alors adopté son 2e PMGMR 2015-2020 qui est entré en vigueur depuis janvier 2017. Il est donc vraiment temps que l’agglomération de Montréal adopte son nouveau PDGMR (5 ans après la date de péremption du précédent). Des consultations sur un projet devraient avoir lieu cette année.

Le bilan 2017 du PDGMR indique clairement qu’il reste beaucoup à faire pour contenir l’hémorragie des matières recyclables (y compris les matières organiques) vers l’élimination qui perdure, un vrai gaspillage de ressources qui se chiffre en centaines de milliers de tonnes annuellement. Rappelons que tous les sites d’enfouissement se trouvent à l’extérieur de l’île de Montréal, chez nos voisins.

Les nouvelles infrastructures tant attendues sur le territoire montréalais, pour le compostage et la biométhanisation, devraient fortement aider à l’atteinte de l’objectif relié à la matière organique. Souhaitons donc qu’il n’ait pas de retard supplémentaire annoncé cette année pour leur mise en service. La collecte, avec l’information et la sensibilisation qui viennent avec, devra prendre de l’envergure en 2019 pour que le mouvement collectif soit enclenché.

Les débats fortement médiatisés sur le verre et le plastique ont mis sur la table les enjeux de recyclage versus récupération, de surconsommation de produits à usage unique et de complexité du dossier sur toutes les étapes (modes de collecte, tri, conditionnement, recyclage, transport). Même si la métropole ne détient pas tous les outils en main (ils relèvent des autres paliers de gouvernement), elle en possède assez pour faire beaucoup mieux et ainsi contribuer fortement au dynamisme d’une bonne gestion des matières résiduelles au Québec. Il faudra donc que l’administration publique apporte davantage de leadership et d’innovation dans ce dossier environnemental majeur.

Consultez le PDGMR et les bilans

Politique de protection et de mise en valeur des milieux naturels (PPMVMN) 2004

Des efforts importants sont à mettre en oeuvre surtout pour l’atteinte de l’objectif de 10% d’aires protégées en milieu terrestre (6% actuellement) et aussi pour les 25% de canopée (22,2% actuellement). La disparition continuelle de milieux naturels et d’espaces verts privés sur l’île nécessitent de poser rapidement des gestes d’envergure, sinon les superficies protégées demeureront bien en-dessous de l’objectif fixé.

Fin 2018, 3070 ha (6,13%) étaient protégés sur le territoire de l’agglomération, portant à environ 2000 ha la superficie à ajouter pour atteindre 10%. Il faudra utiliser tous les outils réglementaires à disposition, déployer la négociation bien avant que les terrains privés soient mis en vente et naturaliser des espaces pour assurer une répartition équitable Est-Ouest de l’accès à la nature. Il faudra mobiliser la collectivité pour qu’elle soit assez convaincue de l’importance du couvert végétal, tant pour des raisons environnementales que sociale et économiques, afin qu’elle appuie vraiment sa préservation et la naturalisation.

Outre la création d’aires protégées, la PPMVMN vise la mise en valeur et l’accès à la nature pour tous. La réalisation de plans concepts pour les écoterritoires et d’études de connectivités afin de créer des trames vertes et actives fait partie de la PPMVMN.

Il n’est cependant pas facile de savoir où en sont tous ces travaux, le dernier bilan de la politique datant de 2013. Un état d’avancement et une mise à jour du plan d’action prenant compte des réalités actuelles (la PPMVMN ayant été adoptée en 2014) nous apparaissent donc nécessaires et urgents.

Pensons entre autres aux golfs (ce qui ferment leurs portes ou prévoient le faire), aux terrains des institutions religieuses qui représentent des superficies importantes à protéger et à mettre en valeur.

Afin d’alimenter la réflexion, nous suggérons la mise sur pied d’un comité conseil réunissant des représentants de la société civile et de l’administration. Car c’est collectivement que nous pourrons relever ce défi de la protection et de la mise en valeur du territoire au profit de l’ensemble de la population montréalaise.

Pour en savoir plus à l’échelle métropolitaine, consultez les données récemment ajoutées à l’Observatoire.