Serons-nous condamnés à vivre l’été à l’intérieur?

Avec les changements climatiques, on prévoit à Montréal des périodes estivales de plus en plus chaudes ainsi que de fortes averses agrémentées de vents forts. Les autres saisons risquent aussi d’être pas mal perturbées avec une météo plus capricieuse. La recherche de bien-être va-t-elle nous entraîner à passer plus de temps à l’intérieur, dans des espaces climatisés durant l’été? Est-ce que cela signifierait en ville de laisser tomber les parcs, les places publiques, les terrasses, les placottoirs, au profit… de plus de centres d’achats, de places intérieures? Un retour dans le passé?

Montréal, au cours des dernières années, a bénéficié d’une belle croissance des espaces extérieurs aménagés de façon conviviale, pour y flâner, socialiser et se divertir. Les arbres se plantent par milliers, et les parcs urbains ont fortement gagné en fréquentation, les places publiques aussi avec leur mobilier attirant, parfois ludique, intégrant une dimension artistique.

Alors, comment s’assurer que cette transformation urbaine, participant activement à la constitution de milieux de vie de qualité pour tous, se poursuive au cours des prochaines décennies et que nous ne voyions pas une inversion de tendance? À la lumière des différentes réflexions que nous portons sur des dossiers d’aménagement dans la métropole, nous proposons ici des pistes à explorer pour y parvenir.

Mobilier urbain à adapter

Pensons aux bancs et aux tables à pique-nique qui pourraient être conçus pour être utilisés plus souvent, quand le soleil tape fort, quand il pleut et quand il vente fort. Cela veut dire de prévoir des toits permanents, rétractables ou parasols/parapluies.

Surfaces réfléchissantes et verdissement

Seulement certains arrondissements ont adopté une réglementation qui oblige toits blancs ou végétalisés lors de la réfection ou de la construction. D’autres obligent la plantation d’arbres sur des stationnements ou tout terrain pour les nouvelles constructions. Pour une vraie différence, il faut s’assurer de la généralisation de l’adoption de telles bonnes pratiques et de la réglementation qui les accompagne.

Les terrains de soccer synthétiques, malgré leur avantage reconnu au niveau de la fréquence d’utilisation, posent le double enjeu de l’artificialisation d’une parcelle de parc et de la formation d’un important îlot de chaleur. Dans un contexte caniculaire grandissant, la question de leur pertinence à moyen terme se pose, pour la santé des joueurs et le bien-être du voisinage.

Réduction des stationnements de surface

Très présents sur l’île de Montréal, les stationnements de surface de grande taille participent à l’effet d’îlot de chaleur dans les quartiers où ils se trouvent. L’ironie veut que la grande majorité des véhicules motorisés offrent l’air climatisé aux utilisateurs de ces stationnements, qui ont encore trop souvent la fâcheuse habitude de laisser tourner le moteur à l’arrêt, par négligence ou par souci de garder l’air frais intérieur. Ces immenses surfaces asphaltées devraient être réduites et verdies avec une canopée suffisante pour atténuer substantiellement l’effet d’îlot de chaleur.

Un réseau de promenades urbaines

C’est le moment de concevoir des itinéraires piétonniers connectés entre eux qui permettent de rejoindre les parcs et les divers services de proximité en misant sur des aménagements non seulement sécuritaires, mais aussi agréables, notamment par temps de grosse chaleur. Une trame verte et bleue active à travers la ville.

Le vert et le bleu davantage intégrés

En plus de contribuer à la biodiversité et à la beauté en ville, la végétation apporte ombre, rafraîchissement et abri contre le vent. La présence de l’eau (sous forme de plan d’eau, ruisseau, fontaine, brumisateur) joue un rôle rafraîchissant majeur. La combinaison des deux est gagnante. Alors, pensons les places, les rues et les parcs davantage verts et bleus, car la réalité sur le terrain nous rappelle qu’il y a encore place à l’amélioration. Pour exemple, l’immense nouvelle place minéralisée au parc Jean-Drapeau juste à la sortie du métro.

Là où l’espace ne permet pas la croissance d’un arbre, pourquoi ne pas miser sur des plantes grimpantes sur des structures (qui pourraient même prendre la forme d’un arbre)? Plus la végétation est haute et plus elle apporte de la fraîcheur; alors peut-on transformer les grands espaces gazonnés non utilisés en champs fleuris, en bosquets, en boisés?

Pour le volet aquatique, beaucoup reste à faire, ne serait-ce que de mettre en valeur la douzaine de ruisseaux qu’il reste sur l’île de Montréal et la protection intégrale de tous les milieux humides de l’île. Par ailleurs, le plan de drainage, intégrant les infrastructures vertes et bleues dans la gestion des eaux de pluie, est toujours en cours d’élaboration. Les places se transformant en bassin d’eau de pluie (watersquare) demeurent à inventer.

Ces transformations font appel à une intelligence collective : urbanistes, architectes, architectes du paysage, designers, ingénieurs… dont l’expertise est à mettre davantage à contribution pour innover en vue d’adapter la ville et ainsi continuer de vivre l’été dehors.