Pour une réglementation à l’échelle de l’agglomération en appui au stationnement écoresponsable

Bien que le stationnement soit reconnu comme un des maillons essentiels de la lutte aux îlots de chaleur, de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de la revitalisation urbaine, il demeure à définir un cadre clair, précis et appliqué à l’échelle de l’île, édictant normes et mesures relatives à la qualité d’implantation et d’aménagement.

La présence assurée d’une case de stationnement gratuite sur le lieu de destination influence le choix du mode de transport, bien sûr en faveur de l’auto solo. Les réglementations actuelles contraignent les propriétaires à un minimum de stationnement, obligeant ainsi très souvent à une offre très élevée, se traduisant par d’immenses espaces urbains minéralisés sous et mal utilisés. En parallèle, les alternatives durables sont peu mises de l’avant dans ces mêmes réglementations. Le mythe que la présence de stationnement de masse est un élément indispensable de réussite, de profit et d’accessibilité, perdurerait-il toujours ?

Rappelons que le stationnement est un important poste de dépense : Coûts du terrain, incluant achat, construction, entretien dont déneigement, etc. Le coût annuel d’une case dépasse très facilement le millier de dollars pour une organisation, tout en ne garantissant aucun profit (le stationnement y étant presque toujours gratuit) et en sous-utilisant un terrain qui pourrait être rentabilisé. De plus, l’aménagement de ces aires de stationnement est souvent de très faible qualité.

Des gestes pour favoriser les alternatives à l’auto solo et réduire le nombre de cases, il y en a beaucoup : des cases réservées au covoiturage et à l’autopartage, des supports à vélo sécurisés et proches de l’entrée, des aménagements et du support financier pour les personnes qui se déplacent (ou souhaitent le faire) en transports collectifs ou actifs, des espaces verdis pour un environnement de plus grande qualité, etc. Participer au virage pour la mobilité durable, cela passe par des changements concrets sur le terrain de stationnement et dans les pratiques : Voulons-nous continuer à favoriser plus les personnes qui viennent en auto-solo ou celles qui adoptent d’autres modes ?

Il est aussi possible de «rentabiliser» davantage sa propriété en transformant une partie du stationnement pour agrandir ses espaces de vie ou de travail, par l’ajout d’un nouveau bâtiment (densification) et la création d’espaces verts (bien-être et santé des employéEs et résidentEs du secteur).

Sans nécessairement attendre que la réglementation les y oblige, plusieurs organisations se posent déjà en leaders dans ce domaine. En voici quelques exemples.

Confédération des syndicats nationaux (CSN)

 

L’ancienne aire de stationnement de la CSN et sa transformation, crédits Google Maps et EBC

Dans le but de réunir tous les employés de la région au même endroit, la CSN a procédé à la transformation de son siège social situé dans le centre-ville de Montréal. Depuis 2017, la grande aire de stationnement extérieure a fait place à une extension du bâtiment avec stationnement souterrain de 250 cases, des stationnements pour vélos,des bornes électriques, ainsi qu’un nouveau parc pour le quartier. Un gain de 100 000 m² de bureaux sur 4 étages et de 2 500 m² en espace vert. Un bel exemple de redéveloppement urbain bénéficiant autant aux besoins de l’organisation qu’à la qualité de vie dans la communauté!

Complexe immobilier Frontenac de la Société de Transport de Montréal (STM)

 

Projet de redéveloppement d’une aire de stationnement de la STM à la station de métro Frontenac, crédits Transgesco et La Presse

Aux abords de la station de métro Frontenac, la STM entamera la construction du Complexe immobilier Frontenac, qui prendra place sur les quelque 5 000 m² de stationnement de surface actuels. Le complexe intégrera du stationnement en souterrain, des supports à vélos intérieurs et protégés, des bureaux, ainsi que près de 300 logements, dont des logements sociaux et condos abordables. Là encore, on retrouve un bel exemple d’optimisation de l’espace urbain permettant la densification autour d’un accès au transport collectif et la rentabilisation de ce vaste espace présentement sous-utilisé.

Aréna Rodrigue-Gilbert dans Rivière-des-Prairies--Pointe-aux-Trembles

 

Le réaménagement de l’aire de stationnement de l’aréna Rodrigue-Gilbert, crédit arrondissement de Rivière-des-Prairies--Pointe-aux-Trembles

L’arrondissement a récemment réaménagé le stationnement de son aréna Rodrigue-Gilbert selon des critères d’écoresponsabilité établis par l’Attestation Stationnement écoresponsable. Le résultat est très encourageant : 103 cases de stationnement en moins (on passe de 240 à 137 cases), 50 nouveaux arbres plantés, -30 % d’eau rejetée à l’égout, -34 % de surface imperméable, +20 % d’espaces verts, et construction d’une Maison des jeunes.

Campus corporatif d’Ericsson dans Saint-Laurent

Le nouveau Campus corporatif d’Ericsson dans l’arrondissement de Saint-Laurent, crédit Groupe Montoni

Ericsson a implanté son campus corporatif dans l’arrondissement de Saint-Laurent en 2016, en bordure de l’autoroute 40. La majorité du stationnement a été aménagé en souterrain et en structure hors-sol étagée servant de barrière au son provenant de l’autoroute et bénéficiant d’une façade qui l’intègre harmonieusement au reste du campus. Une centaine de cases ont été gardées en surface pour les visiteurs et aménagées comme une esplanade intégrant des espaces verts et des arbres. Ces choix permettent de préserver un taux élevé d’espaces verts sur la propriété, appréciés des employés, d’intégrer plus facilement des alternatives comme le vélo grâce à des supports intérieurs. Une étape intéressante sur le plan de l’aménagement ; il reste toutefois à travailler pour une plus mobilité durable et donc, au final diminuer drastiquement le nombre de places de stationnement disponibles pour les employéEs. L’arrivée prochaine du REM devrait y aider.

Pour continuer dans cette lancée, et lui donner l’ampleur dont ce elle a besoin, il est essentiel que les réglementations d’urbanisme suivent également ce mouvement et soient donc modifiées en conséquence. Certains arrondissements ont déjà pris certaines mesures réglementaires pour exiger :

  • des revêtements de sols plus clairs, comme les pavés de béton ou les pavés alvéolés, afin de diminuer l’effet d’îlot de chaleur
  • une superficie minimum d’espaces verts en îlots dans les aires de stationnement
  • des ratios minimums de supports à vélos dans les projets.

Depuis quelques années, l’arrondissement de Saint-Laurent propose également des mesures qui vont encore plus loin et exigent :

  • la réalisation d’un Plan de gestion des déplacements (PGD) pour les grands générateurs de déplacements (100 cases et plus) afin de diminuer les besoins en stationnement et développer les solutions de mobilité les plus adaptées
  • l’implantation d’une grande partie des espaces de stationnement en structure (souterrain ou étagé) afin d’optimiser l’usage de l’espace urbain
  • une couverture minimale de 40% du stationnement restant de surface par la canopée des arbres à maturité

De son côté, l’arrondissement de Ville-Marie a récemment retiré les ratios minimums de stationnement, laissant ainsi aux promoteurs le choix de la quantité selon les besoins et permettant de réduire les coûts de construction des projets immobiliers.

Ces exemples de réglementation participent, dans la perspective des changements climatiques, à l’atteinte des objectifs des différents plans et politiques locaux tels que la lutte aux îlots de chaleur, la gestion de l’eau pluviale sur les terrains et l’augmentation de l’indice de canopée. Ils doivent donc percoler à travers tous les arrondissements et villes de l’agglomération de Montréal, et devraient être accompagnés d’un suivi quant à leur efficacité et les retombées concrètes associées. C’est pourquoi le CRE-Montréal travaille actuellement à l’analyse des réglementations et des meilleures pratiques réglementaires à adopter, dont vous entendrez parler dans les prochains mois.

Si vous aussi, vous souhaitez poser un geste sur vos aires de stationnement, le CRE-Montréal via l’Attestation Stationnement écoresponsable peut vous accompagner dans le processus.