Des parcs industriels à repenser pour une meilleure qualité de vie et des milieux résilients

Ce printemps, les MontréalaisES auront plus d’une occasion de se prononcer sur l’avenir des quartiers industriels de leur ville puisque l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) mène présentement des consultations sur deux d’entre eux :

  • Le secteur Lachine-Est, berceau de l’industrialisation sur l’île de Montréal, est appelé à devenir une zone d’activités diversifiées à dominance résidentielle; les citoyenNEs ont jusqu’au 28 mars 2019 pour soumettre leur opinion sur l’avenir de ce secteur.
  • Le secteur Assomption Sud–Longue-Pointe, pour lequel l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve et la Ville de Montréal proposent une vision inspirée du concept d’écoparc industriel; les mémoires et opinions sont acceptées jusqu’au 18 avril 2019.

Deux secteurs distincts, des enjeux similaires

Malgré tout ce qui les différencie, ces deux secteurs partagent un certain nombre de similitudes, notamment en ce qui a trait aux enjeux :

Enclavement

Les deux quartiers sont bordés de barrières physiques (infrastructures routières et ferroviaires, fleuve Saint-Laurent ou canal de Lachine) qu’il est difficile ou impossible de franchir. Certes, le manque de perméabilité de la trame de rues pose un défi à la mobilité des résidents et des travailleurs, mais même lorsque des voies d’accès existent, celles-ci sont souvent inadaptées à la mobilité conviviale et sécuritaire des piétons et cyclistes (trottoirs étroits, absence d’infrastructures protégées pour les cyclistes, etc.).

Faible connexion écologique

On note que les deux secteurs industriels ne sont pas complètement dépourvus de milieux naturels. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les friches industrielles ne sont pas impropres à la vie; elles peuvent abriter une flore et une faune adaptées à la ville et contribuer à sa résilience écologique. Le boisé Steinberg dans le secteur Assomption Sud en est un bel exemple, car malgré son sol pollué, cette friche industrielle figure parmi les territoires les plus importants à préserver, à l’échelle de la région métropolitaine, au regard de ses bénéfices pour la biodiversité. Toutefois, pour atteindre leur plein potentiel, ces espaces gagneraient à être enrichis en biodiversité et en interconnectivité.

Sols contaminés

La contamination des terrains vacants, héritage d’activités industrielles passées, demeure un enjeu dans les deux zones, tant pour la santé humaine que pour l’implantation de nouvelles entreprises.

Iniquité

En plus d’être exposées à des nuisances sonores, de la pollution atmosphérique, des îlots de chaleur et d’autres types de nuisances, les populations voisines des quartiers industriels ont en commun de devoir composer avec des niveaux de défavorisation sociale, matérielle et environnementale élevés, ce qui n’est pas sans impacts sur la santé des individus.

Quelques principes d’aménagement durable

Ce portrait nous inspire des principes d’aménagement durable qui pourraient être appliqués sur les deux secteurs et, très certainement, sur plusieurs autres encore.

Réconcilier passé et avenir

Le passé industriel ne laisse pas que des cicatrices sur le paysage urbain. L’architecture industrielle, le génie montréalais et l’expérience ouvrière sont des biens matériels et immatériels à reconnaître comme part de notre patrimoine collectif et à valoriser comme tel. Souvenons-nous que ces carrefours d’industrialisation ont été de hauts lieux de l’innovation en leur temps et inspirons-nous de cette histoire pour propulser à nouveau ces quartiers vers l’avenir. En puisant aux meilleures pratiques d’aménagement urbain, bien entendu : plans intégrés de mobilité durable, densification, place à la nature, résilience face aux changements climatiques, solidarité sociale, etc. Chercher à atteindre les plus hauts standards de développement durable est primordial, surtout lorsqu’il s’agit, comme ici, de secteurs de planification stratégique d’importance métropolitaine.  

Privilégier les infrastructures brunes, vertes et bleues

Le sol, les espaces verts et les milieux humides sont de formidables alliés de l’aménagement urbain durable. Bien conçu, un même espace peut remplir diverses fonctions : un parc linéaire peut servir à la fois de corridor de mobilité active et de lien écologique; un mur coupe-son peut être constitué de végétaux qui dépolluent les sols. Un espace de stationnement aménagé suivant les principes du Stationnement écoresponsable contribue à la réduction des îlots de chaleur tout en participant à la gestion de l’eau. Et c’est sans compter la valeur économique et sociale des services rendus par la nature.

Penser la rue, le cadre bâti et le sous-sol

Les cartes géographiques qu’on utilise pour ancrer nos réflexions sur la ville nous font parfois oublier la troisième dimension. Pourtant, il se passe beaucoup de choses importantes sous la surface : les sols sont de puissants capteurs de carbone et des éponges régulant et filtrant les eaux, en plus de favoriser la résilience des écosystèmes. Ainsi, le drainage des rues doit être pensé à partir du sous-sol. Il s’agit là d’une occasion idéale pour tester un drainage central des voies de circulation qui permettra aux piétons et cyclistes de garder les pieds au sec!

Retisser les liens entre le secteur et son environnement

Les secteurs appelés à se redévelopper n’évoluent pas en vase clos. Dès lors, il est primordial que chaque projet de requalification de parc industriel apporte une plus-value aux milieux voisins. Le projet se doit de participer à l’amélioration des transports collectifs et actifs; à la création d’une trame plus perméable et de liens menant de manière conviviale et sécuritaire aux pôles de transport; à l’interconnectivité et à la biodiversité des milieux naturels; à la bonification de l’offre de commerces de proximité. Il faut s’assurer de déployer les liens conviviaux (pour les déplacements à pied et à vélo) vers les pôles de mobilité et la reconstruction d'une trame la plus perméable possible. Réfléchir aux arrimages entre le quartier à l’étude, l’environnement bâti et les communautés plus larges dans lesquelles il s'inscrit importe, car cela détermine la viabilité même du projet et son acceptabilité sociale. Un récent exemple de manquement à ce principe est le projet actuel Royalmount, qui pèche par un manque flagrant de considération de son contexte d’inscription.

Rétablir l’équité

Il faut finalement privilégier les aménagements propres à soutenir des emplois de qualité, l’accès à l’éducation, l’expression culturelle, la qualité paysagère… Bref, la vitalité communautaire et la participation sociale. Essentiel, également, de chercher à redonner à toutes et à tous des chances égales d’accès à la santé et aux bienfaits de la nature. Les citoyenNEs n’ont pas à payer de leur santé physique et mentale les frais d’une exposition insuffisamment mitigée aux nuisances générées par les grandes infrastructures routières et ferroviaires ou l’activité industrielle.

Que ces idées vous rejoignent ou qu’elles vous en inspirent d’autres au sujet des secteurs Lachine-Est ou l’Assomption Sud–Longue-Pointe, n’hésitez pas à prendre part aux consultations publiques de l’OCPM. Chaque opinion compte et plus il y aura de voix en faveur de projets de requalification durable des zones industrielles, plus nous aurons de chances de mettre Montréal sur les rails de la résilience.