Minuit moins une pour les boisés de l’Assomption Nord, la mobilisation est de mise!

Si rien n’est fait rapidement, les deux derniers boisés du secteur Assomption Nord, dans Mercier Ouest, seront bientôt coupés pour faire place à des projets immobiliers. Les citoyensNEs préoccupéeEs par cette situation sont invitéEs à une assemblée publique de consultation, le 24 octobre. C’est une occasion à ne pas rater pour entendre le détail de la proposition du promoteur et le convaincre de modifier son projet afin de préserver les milieux naturels.

Développements récents

Lors de la réunion du Conseil d’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve du 7 octobre, une première étape a été franchie pour autoriser trois projets particuliers de construction qui entraîneront, à terme, la disparition des deux boisés du secteur Assomption Nord mieux connus sous les noms de « boisé de Marseille » et « boisé Beni Hana ». Il s’agit des projets PP27-0280, PP27-0281 et PP 27-0282 détaillés ici (pages 195-223).

Le CRE-Montréal se préoccupe du sort de ces boisés depuis l’adoption du Programme particulier d’urbanisme (PPU) Assomption Nord et a maintes fois insisté sur leur valeur et leur potentiel d’aménagement, notamment à travers notre campagne ILEAU et dans le mémoire que nous avons déposé dans le cadre des récentes consultations publiques sur le secteur Assomption Sud.

Les milieux naturels menacés de disparition, qui font chacun 1,8 hectare de superficie (une taille respectable en contexte urbain), se sont développés depuis plus de 40 ans sur des terrains laissés à eux-mêmes. Une étude en 2013-2014 sur le boisé de Marseille a conclu malheureusement qu’il ne présentait pas de caractéristiques justifiant sa conservation : on n’y retrouve ni espèce menacée, ni milieu humide, et le couvert végétal se compose d’espèces indigènes et exotiques communes en ville. Il en va de même pour le boisé Beni Hana. 

Cinq ans plus tard, avec tout ce que l’on sait sur l’importance des espaces verts en ville, tant sur le plan environnemental, social et même économique, et la grande difficulté, voire l'impossibilité, d’en créer quand tout est bâti, ce verdict purement technique ne tient pas.

Qualité de vie des futurs résidents et travailleurs

La conservation des milieux naturels et le logement social sont deux volets indispensables du développement urbain durable qui, au lieu d’être mis en opposition, doivent être pensés dans leur complémentarité. Les quelque 1 600 nouveaux travailleurs et 4 400 nouveaux résidents attendus dans le quartier, à plus forte raison les personnes vivant en logement social, auront besoin d’évoluer, en toute équité, dans des environnements de qualité et sains, et devront pouvoir facilement accéder à des lieux de socialisation qui soient aussi des îlots de fraîcheur. La présence de milieux naturels dans le paysage fortement minéralisé de l’Assomption Nord apparaît dès lors comme un atout sur lequel capitaliser.

Des services écologiques insoupçonnés et de grande valeur

Une cartographie des priorités de conservation produite par le professeur Andrew Gonzalez, directeur du Centre des sciences de la biodiversité du Québec (CSBQ), et ses collègues (voir ce document, figure 16) révèle que nos deux boisés contribuent grandement à la biodiversité, à la lutte aux îlots de chaleur et à la gestion des eaux pluviales - à un point tel qu’ils se retrouvent parmi les plus hautes priorités de conservation à l’échelle de la CMM. 

Le professeur Jacques Brisson, de l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV), avec qui nous nous sommes entretenus récemment, rappelle pour sa part que ce genre d’écosystème urbain réunissant des espèces colonisatrices indigènes et exotiques est tout à fait adapté à son contexte et résilient, et prodigue d’indispensables services écologiques dans les quartiers dépourvus d’autres types d’écosystèmes : amélioration de la qualité de l’air, fraîcheur, connectivité écologique, potentiel récréatif, etc. 

Alors que nous devons redoubler d’efforts pour atteindre nos cibles de canopée et de réduction des émissions de carbone, pouvons-nous nous passer des rares écosystèmes boisés qui subsistent dans les quartiers les plus minéralisés de Montréal ? La création de nouveaux parcs et la plantation d’arbres dans le secteur Assomption Nord, initiatives promises par le promoteur et l’arrondissement, ne sauraient compenser avant longtemps (si tant est qu’elles puissent la compenser) la perte de deux boisés. 

Patrimoine et potentiel d’aménagement

Les deux boisés de l’Assomption Nord sont, avec le boisé Steinberg de l’Assomption Sud, les derniers marqueurs naturels du passage de l’ancien ruisseau de la Grande Prairie (ou ruisseau Molson) (voir image ci-dessous). Alors que la disparition des boisés viendrait sceller la disparition définitive du ruisseau, leur préservation et leur aménagement nous permettraient au contraire de mettre en valeur l’important élément de patrimoine que représente ce cours d’eau.

À ce sujet, l’histoire du parc Boisé-Jean-Milot, lui aussi situé dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, est éloquente. Avant qu’un comité de citoyens ne décide, en 1996, de prendre ce site sous son aile, on n’y retrouvait qu’une friche jonchée de déchets. Au fil des ans, des essences sélectionnées ont été plantées, des activités d’éradication des espèces envahissantes y ont été menées, et des sentiers y ont été aménagés. Récemment, un point d’affleurement du ruisseau Molson – le marais Molson – y a été restauré et mis en valeur. Résultat? Ce parc se compose aujourd’hui de 193 espèces végétales et accueille plus de 40 espèces d’oiseaux. Les résidents se sont appropriés le parc et y pratiquent diverses activités en toutes saisons. Voilà un précédent des plus inspirants pour les boisés de l’Assomption Nord, qui pourraient être aménagés en parcs et intégrés à un corridor de mobilité active vert et bleu déployé dans le lit de l’ancien ruisseau.

Pour toutes ces raisons, nous invitons fortement les citoyens de l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et les organisations de la société civile à prendre part à l’assemblée publique du 24 octobre qui se tiendra à la mairie d’arrondissement, pour y exprimer leur désir que soit préservés les milieux naturels de l’Assomption Nord.

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