Gestion de matières résiduelles pour l’île de Montréal : cibles et actions pour tendre vers « zéro déchet »

La consultation publique sur le projet de deuxième Plan directeur de gestion des matières résiduelles (PDGMR) pour l’agglomération de Montréal se tiendra d’ici la fin de l’hiver 2020. C’est donc un dossier à surveiller de près pour toutes les personnes qui se préoccupent de tout ce qui fait partie de la postconsommation citoyenne. Comme il reste beaucoup à faire collectivement pour gérer durablement tout ce qui est mis au chemin d’une façon ou d’une autre, ce document est très important pour l’avenir de ce dossier. 

Ce futur PDGMR est incontournable pour donner un certain nombre de lignes directrices pour réduire au maximum la montagne de matières résiduelles (emballages et produits de consommation) qui prend encore aujourd’hui le chemin de l’enfouissement et remettre cela dans la chaîne de production : la fameuse « économie circulaire » dont on parle de plus en plus. Il est aussi important que le secteur municipal se montre exemplaire, stimule la plus grande participation citoyenne et celle des ICI (institutions, commerces et industries) de son territoire, et interpelle les autres paliers de gouvernement pour aider à faire les pas de géants dont nous avons besoin dans ce domaine.

En signant la déclaration Advancing Towards Zero Waste dans le cadre du C40 Cities, Montréal s’est engagée à tendre vers une agglomération zéro déchet. Le PDGMR doit permettre de faire un grand bout de chemin d’ici 2030. 

Le PDGMR repose sur trois orientations stratégiques très intéressantes afin d’atteindre la cible zéro déchet en 2030 : la réduction des déchets à la source, le détournement des matières organiques de l’enfouissement et la mobilisation des parties prenantes.

Les deux principaux objectifs poursuivis par le PDGMR sont :

  • Détourner 85 % des matières résiduelles de l’enfouissement d’ici 2030, avec comme cible intermédiaire 70 % en 2025 (47 % atteints en 2018, soit 432385 tonnes sur 929798 tonnes générées)
  • Réduire de 10 % la quantité de déchets municipaux produits par habitant d’ici 2025 et de 20 % d’ici 2030 par rapport à la situation actuelle, soit une diminution de 10 kg de matières résiduelles par habitant par année

Avec cette vision inspirante du chemin à parcourir au cours de la prochaine décennie, il faut que les actions concrètes d’envergure soient au rendez-vous. Pour cela, l’administration publique devra être exemplaire sur ses propriétés, arrondissements et villes liées incluses, devra réglementer et s’assurer de l’application de ses nouveaux règlements, devra inciter et mobiliser les organisations situées sur l’île et la population. Cela passera par des services, des outils, des campagnes de communication, des inspections, des cas à succès et la démonstration que les gestes posés par tout un chacun portent fruit, donc nécessité de transparence et traçabilité des matières résiduelles de la collecte jusqu’à leur utilisation, ici ou ailleurs.

Prenons quelques exemples pour illustrer à la fois l’ampleur de la tâche et la nécessité de prendre des décisions collectives ambitieuses.

La réduction à la source  

Pour que ce principe produise les effets escomptés en termes de réduction du tonnage des matières générées, il va falloir dépasser le niveau de projet pilote (généraliser les initiatives porteuses comme La Tasse, les contenants de médicaments consignés, le remplissage à la pompe du lave-glace). Il va aussi falloir s’attaquer à des matières lourdes (métal, verre, bois, aliments, meubles, etc.); la consigne, le réemploi et la réparation seront d’une grande aide. Il faudra aussi agir sur l’hyperconsommation et déprogrammer l’obsolescence sociale, en attendant que les gouvernements supérieurs prennent les mesures nécessaires concernant l’obsolescence technique. 

Favoriser le cycle de la vie avec ce qui se trouve dans le jardin ou dans l’assiette

Plein de bonnes raisons pour mettre les bouchées doubles dans ce domaine : les matières organiques pèsent lourd dans un sac de déchets; au site d’enfouissement leur jus entraîne bien des contaminants et leur fermentation produit beaucoup de GES; le compost est une matière très prisée en agriculture et en horticulture. Quand on sait qu’avec seulement 26 % du gisement de matières organiques récupéré en 2018 cela représentait 10 % du poids des matières générées, avec 100 % collectés, nous pourrions détourner de l'enfouissement 40 % du tonnage actuel; c’est énorme! Les résultats valent largement les efforts à consentir.

On parle beaucoup d’éviter le gaspillage alimentaire; il faudra des outils et des processus pour y parvenir à grande échelle pour sortir des initiatives courageuses, mais isolées. Le milieu de la restauration devra faire sa part pour s’assurer que ses résidus de cuisine soient transformés en compost.

Stimuler le bon réflexe pour oublier l’effort

Pour y arriver, il faudra que le geste de tri demandé aux citoyenNEs soit le même dans toutes les sphères de sa vie. Pour commencer, le concept de «poubelle de rue» est clairement dépassé au 21e siècle. Il doit être remplacé par 2 ou 3 bacs dans tous les lieux publics extérieurs et intérieurs; la même chose pour tous les lieux publics intérieurs et extérieurs. Il en va aussi de l’exemplarité municipale et de la réussite de la mobilisation citoyenne.  

Quand on sait que le gigantesque site d’enfouissement de Terrebonne sera plein avant 2030 et que l’autre, majeur pour Montréal, de Sainte-Sophie est en demande d’agrandissement auprès du gouvernement provincial, on se rend compte que le grand gaspillage des matières-ressources générées notamment sur le territoire de la métropole s’est poursuivi jusqu’à aujourd’hui malgré les promesses. Souhaitons que la prochaine décennie fasse la démonstration que l’on peut largement mieux faire.