Boisés de l’Assomption Nord : réfléchir ensemble pour mieux faire

Le 24 octobre avait lieu une assemblée publique de consultation à l’arrondissement de Mercier--Hochelaga-Maisonneuve sur trois projets particuliers de construction immobilière. Bien qu’ils soient destinés à enrichir l’offre de logement social et familial dans le secteur Assomption Nord, leur réalisation impliquerait la disparition des deux derniers boisés du quartier. Le CRE-Montréal a présenté sa lecture et ses recommandations.

En premier lieu, nous avons exprimé notre souhait que les parties prenantes travaillent à trouver des solutions pour relocaliser les projets de construction et ainsi préserver les boisés dans leur intégralité. Si toutefois cela s’avérait impossible, nous espérons que le promoteur accepte d’apporter d’importants changements à ses plans (modification de l’implantation au sol, forme architecturale épousant les contours des boisés, etc.) pour sauver un maximum de superficie de milieu naturel. 

En second lieu, en cas de perte totale ou partielle des boisés, nous pensons que les services écosystémiques perdus (fraîcheur, gestion des eaux, biodiversité et connectivité écologique, captation de carbone, etc.) devraient être compensés intégralement par une panoplie de gestes à appliquer dans le secteur Assomption Nord même : aménagement de parcs, watersquares, toits verts et autres; verdissement (tant sur le domaine public que privé); réduction de la superficie des stationnements et autres surfaces imperméables; etc. 

L’arrondissement a déjà prévu des aménagements pouvant apporter une partie de la compensation (réseau de parcs et de sentiers prévus au PPU); Travaillons à trouver des solutions complémentaires pour atteindre une compensation intégrale,la chose responsable à faire dans un contexte d’urgence climatique et compte tenu du fait que le secteur Assomption Nord est appelé à accueillir 4 400 nouveaux résidents et 1 600 nouveaux travailleurs au fil des prochaines années (voir l’Énoncé de vision dans ce document).

Nous nous réjouissons du fait que le promoteur immobilier, Merlin, se soit montré ouvert aux idées apportées par les citoyenNEs et les organisations, dont la nôtre. La transparence et l’écoute démontrées en assemblée indiquent que la poursuite du dialogue est possible. 

Toutefois, concernant l’avenir des boisés, il faut bien le reconnaître, le cadre réglementaire et légal n’offre que peu de prises aux parties impliquées pour les préserver : le propriétaire des terrains est dans son droit de construire et son projet est conforme au Programme particulier d’urbanisme (PPU) qui s’applique au secteur Assomption Nord.

Les deux bois totalisent 3,5 hectares, dont la végétation composée d’espèces colonisatrices indigènes et exotiques se développent librement depuis environ 40 ans. Ils forment aujourd’huiun écosystème typique des villes parfois appelé novel ecosystem dans la littérature scientifique. Bien que ces « écosystèmes nouveau genre », fortement influencés par l’humain, diffèrent des milieux naturels dits « intègres », ils n’en sont pas moins appréciables pour leurs multiples contributions à l’écologie urbaine et à la qualité de vie des citadins. Ils sont aussi les derniers témoins du passage de l’ancien ruisseau de la Grande Prairie (ou ruisseau Molson) - un volet patrimonial qui gagnerait à être mis en valeur.

Pour nous qui sommes intervenus dans les dossiers des jardin Domtar, jardin Notman, boisé McConnell et autres précieux oasis de verdure urbains, nous percevons dans le dossier des boisés de l’Assomption Nord une variation sur un thème connu : la difficulté d’intégrer dans nos pratiques d’urbanisme et en amont des projets de construction la préservation des boisés de petite superficie, tout particulièrement ceux qui se trouvent sur le domaine privé et les novel ecosystems souvent considérés, à tort, sans réelle valeur. Il est temps de mener une réflexion collective pour préserver ces fragments de trame verte trop facilement sacrifiés.

Dans une ville, nous devrions nous doter de critères spécifiques d’appréciation des îlots de verdure urbains, tels leur potentiel d’aménagement et d’appropriation citoyenne (pensons au parc Boisé-Jean-Milot, une friche « sans valeur » transformée en parc biodiversifié et animé, grâce à une collaboration unique entre les citoyenNEs, les scientifiques et l’arrondissement) et leur contribution non négligeable à la lutte aux îlots de chaleur, à la gestion des eaux et à la connectivité écologique. 

Ces boisés ont leur rôle à jouer dans la création de milieux de vie de qualité et d’une ville durable et résiliente.

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